Neil Gaiman: «Les racines de la fantasy européenne sont encore plus profondes»

CULTURE L'auteur de fantasy Neil Gaiman était l'invité d’honneur du festival de science-fiction Les Utopiales à Nantes...

Recueilli par Joël Métreau

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L'auteur Neil Gaiman, dans sa maison du Wisconsin, en 2010.
L'auteur Neil Gaiman, dans sa maison du Wisconsin, en 2010. — Craig Lassig/AP/SIPA

Depuis ses scénarios pour les comics Sandman, le Britannique Neil Gaiman est devenu un auteur culte. A travers ses romans pour la jeunesse (comme Coraline et Stardust tous deux adaptés au cinéma), et ceux pour adultes (Le multiprimé American Gods, De Bons Présages écrit avec Terry Pratchett…), le Britannique continue d’imaginer des récits teintés d’humour noir où la magie et le rêve imprègnent la réalité. Tandis que sort en France Mes cheveux fous, un livre illustré pour enfants, il était l’invité d’honneur du festival de science-fiction Les Utopiales, qui se tient jusque lundi, à Nantes.

Bon anniversaire Neil Gaiman. Vous avez eu 51 ans ce samedi. Vous les avez célébrés?

Le meilleur moment c’était aux Utopiales quand 200 personnes, des fans, m’ont souhaité en chœur un bon anniversaire. Pour moi, ça a toujours été difficile de venir aux Utopiales. Cela fait quinze ans que ses organisateurs me le demandent. Mais techniquement c’est le week-end le plus compliqué, car précédé de la World Fantasy Convention, en Amérique du Nord et c’est également mon anniversaire, où j’aime bien rester à la maison et tirer des feux d’artifices. J’ai toujours eu une raison de refuser, mais cette année, je me serais senti coupable de ne pas venir. Tant mieux, sinon je n’aurais jamais vu le Grand Eléphant et les autres machines de l’île.

A quand remontevotren France? 

C’était à l’occasion de la sortie du film Coraline [adapté de son roman éponyme] et aussi pour la publication de mon roman L’Etrange Vie de Nobody Owens, où j’ai donné quelques interviews.

Pensez-vous qu’il y a une «european touch» pour la fantasy?

Oui, tout à fait. Les racines de la fantasy européenne sont encore plus profondes car elles ont eu le temps de pousser. Je pense aux contes de Charles Perrault, à la légende de Mélusine, au Roman de Renart… Ce puits profond de fantasy et de contes populaires génère des histoires, en France, en Grande-Bretagne, en Russie, dans les pays scandinaves… Il n’y a pas de trolls aux Etats-Unis. On a même tendance à avoir de la «fantasy McDonald’s», où  l’on se sert du troll scandinave ou du britannique Jack [avec son Haricot magique] sans comprendre leur signification. C’est comme trouver dans un supermarché américain du Brie ou du Camembert qui n’en ont pas le goût.

En France, vient de sortir Mes Cheveux fous, votre troisième livre pour enfants en collaboration avec l’illustrateur Dave McKean. Comment vous est venue l’idée d’un monde entier contenu dans une chevelure?

J’étais en Floride, où le climat est très humide au milieu de l’hiver, pour écrire. Un matin, je me suis réveillé, c’était comme si un coiffeur sournois s’était exercé sur mes cheveux pendant la nuit. J’ai écrit à ma plus jeune fille Maddy pour lui raconter cette histoire. Elle m’a répondu en commençant par «Cher monsieur Cheveux fous»… Puis j’en ai fait un poème pour elle. J’ai commis l’erreur de le lire à d’autres personnes durant une conférence de littérature. A la fin, des professeurs se sont succédé, non pas pour me parler de mon travail académique, mais pour me demander quand ces «Cheveux fous» sortirait afin de l’offrir à leurs petits-enfants. Je l’ai donc envoyé à David McKean, qui a disparu pendant trois ans et me l’a rendu illustré. C’est ainsi qu’on travaille ensemble.

Vous écrivez aussi des romans pour adultes. Du prochain, The Ocean at the end of the lane, qui sortira le 18 juin en anglais, vous avez dit que c’était l’un de vos plus personnels. Pourquoi?

Le héros de l’histoire a 7 ans. Il ne me ressemble pas, et sa famille pas à la mienne. C’est plutôt le lieu dans lequel il vit, le paysage…

Récemment, vous avez fourni un scénario pour un épisode de la saison 7 de Dr Who. Vous avez déjà écrit «L’Ame du Tardis» pour la saison 6. Pourquoi aimez-vous tant cette série télévisée?

 J’ai vraiment grandi avec. Je me rappelle, quand j’avais 4 ans, me cacher derrière le canapé lors de l’épisode avec des fourmis géantes. On fabriquait aussi des Daleks avec des bouteilles de lait. Et puis, le docteur Who rend hommage à l’intelligence et aux capacités humaines à résoudre les problèmes. Le docteur n’est pas anti-science, c’est à la fois la science et la magie. La série est un conte de fées sur un homme fou et une boite bleue.

Comics, Littérature, séries… Il y a un média pour lequel vous n’avez pas écrit, c’est le jeu vidéo…

Dans les années 1990, j’avais travaillé pour des studios de jeux vidéo. Mais trois mois avant la sortie des jeux, ils faisaient faillite… Je me suis dit que c’était ma faute et j’ai arrêté (rires), je ne veux plus couler une autre société. Actuellement, je travaille sur une application, un petit jeu pour smartphone. Mais je ne sais pas quand ça sortira.

Sur Internet, vous avez un blog, un Tumblr et un compte Twitter avec plus de 1,7 million d’abonnés… Et en plus vous êtes très actif dessus…

Parce qu’on y est en très bonne compagnie. Je ne me retrouve plus jamais seul lorsque j’attends à l’arrêt de bus. Si je vois quelque chose d’intéressant ou d’important, les réseaux sociaux permettent de le pointer du doigt. Mon blog me sert davantage à expliquer mes projets ou à annoncer mes œuvres.  C’est Twitter qui est devenu mon journal de bord.

Vous êtes tellement présent sur ces réseaux, où trouvez-vous le temps de travailler?

Quand je voyage. J’adore les avions. Mais ça devient de plus en plus difficile, je crains qu’à la fin 2013, je sois moins présent sur les réseaux sociaux, mais ça va être dur d’arrêter!