Le jean du futur, un denim éclairé

Anne DEMOULIN

— 

Le Wattwash en images. Campagne « Romance Deglinded Pant », pour Closed, 1986. Costume, 2010.
Le Wattwash en images. Campagne « Romance Deglinded Pant », pour Closed, 1986. Costume, 2010. — Fabrizio Ferri/Jacques-Gavard

Le passé et l'avenir du jean, c'est eux. Alors que le premier livre sur Marithé et François Girbaud paraît ce vendredi, ils sont aussi les invités du musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne. L'exposition « L'autre jean » retrace quarante ans d'histoire, de création, et surtout d'innovation autour du denim. Car François Girbaud et Marithé Bachellerie ont toujours une longueur d'avance sur nos « slims » et nos « boyfriend ». Récit.

Le jean américain. « Avec Marithé, nous avons eu la chance d'être souvent au bon endroit au bon moment », explique François Girbaud. Dans les années 1960, il s'agit du Golf Drouot, la première discothèque rock française, de Saint-Tropez et de Western House, la première boutique en France qui vend des jeans et où François travaille. « Le jean représentait le rêve américain, on les trouvait alors uniquement dans les surplus de l'armée et aux puces. »
L'invention du « stone-washed ». Fin des années 1960 et de l'American Dream : « Nous étions des hippies. » Les jeans délavés s'arrachent. « Nous n'avons pas inventé le délavage, mais son industrialisation, oui. Petit à Mazamet, j'avais observé le traitement du cuir. ça m'a donné l'idée de mettre des pierres dans le tambour d'une machine. » Importation massive de jeans américains : « En France, les jeans étaient teints à l'hydrone. Seuls les jeans teints à l'indigo peuvent être délavés », explique-t-il. Succès immédiat, et ouverture des premières boutiques.
La désillusion du « Snow Bleached ». 1982, Jennifer Beals porte un jean Marithé + François Girbaud dans Flashdance. 1989, chute du mur de Berlin et choc : « Quand on a vu tous ces jeunes de l'Est débarquer dans des jeans immondes, blanchis à l'acide. Je me suis dit qu'il fallait faire autrement. »
Le jean « postmoderne ». « 70 litres d'eau pour « laver » un jean et 150 g de permanganate. 4 milliards de jeans sont produits par an, vous voyez le désastre écologique ? », explique-t-il. Marithé et François Girbaud explorent les possibilités du laser et, en 2010, naît le procédé Wattwash. « Le laser permet de délaver le jean avec juste de la lumière. On peut aussi dessiner à la surface ou modifier l'aspect du tissage initial. La toile sergée devient chevrons ou prince de galles. » Et l'ozone ? « Il délave et donne plus de souplesse à la matière. » Les futurs projets ? Un pantalon qui peut étirer la silhouette. Vivement demain !