PSY: «Que Spielberg me reconnaisse, c'est énorme»

INTERVIEW Le chanteur sud-coréen dont vous avez sans doute chanté le tube «Gangnam Style» s'est confié à «20 Minutes» lors de son passage à Paris...

Propos recueillis par Annabelle Laurent

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PSY était ce lundi 5 novembre à Paris pour un flashmob en face de la Tour Eiffel qui a réuni plus de 20.000 personnes. 
PSY était ce lundi 5 novembre à Paris pour un flashmob en face de la Tour Eiffel qui a réuni plus de 20.000 personnes.  — A.GELEBART / 20MINUTES

Sa danse du jockey a fait le tour de la planète. Bientôt, la vidéo de son clip «Gangnam Style» atteindra le milliard de vues sur YouTube. PSY, le chanteur sud-coréen au succès mondial impensable il y a encore quelques mois était à Paris ce lundi. Rencontre avec un chanteur sur son 31 – le costume rose flash est de rigueur – fatigué et boosté au café mais ravi, quelques heures après un flashmob qui a rassemblé 20.000 personnes au Trocadéro

Comment c’était, ce flashmob?

J’étais vraiment impressionné et très touché! J’ai cette idée que les Français sont exigeants, très difficiles sur tout ce qui touche à la culture. Quand on m’a dit que j’étais connu dans le pays, je n’y croyais pas! De façon générale, je ne crois pas trop ce qui se dit sur Internet, je crois les choses quand j’en fais l’expérience, je suis un peu un gars classique là-dessus… Je me disais: «Vraiment ils me connaissent? Mais pourquoi?». C’est tellement dur pour un asiatique d’être connu. 20.000 personnes, c’est énorme. Depuis le flashmob, je réalise que je suis en effet connu!

Vous avez pourtant déjà donné d’immenses concerts. Vous ne vous faites pas à la foule?

J’ai vu sur Internet des flashmobs de «Gangnam Style», mais c’était la première fois  que j’y participais! J’étais vraiment surpris. Surtout que la chanson est tout en coréen. Ils n’ont aucune idée de ce que je dis à part «Sexy Lady», hein? Et pourtant ils chantaient quand même, toutes les paroles, et ils étaient heureux…  C’est tout le sens de la musique pour moi. C’est le plus fort langage qui existe.

Vous avez dansé «Gangnam Style» avec beaucoup de stars, dont Britney Spears, Hugh Jackman, Ban-Ki Moon… Quel est votre souvenir le plus fort?

Britney.  Parce que ce moment a vraiment été un élan dans ma carrière. C’était ma première apparition sur une télé publique aux Etats-Unis. Et en plus, c’était une surprise, Britney ne savait pas que j’étais là. Je me suis caché toute la journée, j’étais extrêmement nerveux… J’étais comme un jeune premier. 

Ban Ki-Moon a dit qu’il était vexé d’être devenu le second Coréen le plus connu après vous…

Oui, il a dit qu’il était jaloux! Ban-Ki Moon a un grand sens de l’humour. Quand on s’est rencontrés au siège de l’ONU devant toute la presse, j’étais tellement fier…  Le fait que l’on vienne tous les deux du même pays, c’est une grande fierté.

Quel serait maintenant votre partenaire rêvé pour votre fameuse «danse du jockey»?

Personne en particulier. Mais plus j’en ai, mieux c’est! En fait, ma vie ressemble déjà assez à un rêve. Tout le monde me connaît. L’autre jour à Los Angeles, Steven Spielberg m’a reconnu! Il m’a dit «Oh tu es le gars de SNL [Saturday Night Live]» et ensuite «Merci pour ton énergie!».  Je n’en revenais pas. J’ai grandi avec E.T. Qu’il me connaisse, c’est énorme.

Quel est votre programme pour le jour où vous atteindrez le milliard de vues sur YouTube?

Boire. Un milliard de shots. Enfin je devrai survivre avec 10.000 en tout cas… Je ne sais pas du tout où je serai ce jour-là, comme je voyage beaucoup, mais je boirai tout l’alcool que la région en question a en stock!

Ca vous fait quoi d’être en compétition avec Justin Bieber sur YouTube?

On a tous les deux le même manager, donc c’est vraiment bien. Le N° 1 et N°2 qui appartiennent à la même boîte, c’est mieux comme ça. Et je l’aime bien. On m’a dit qu’il dansait vraiment bien «Gangnam Style». Qu’il le danse quand il se sent nerveux pendant les répétitions!

Donc il ne vous en veut pas de le talonner de si près …

Oh vous savez, j’ai quand même dix ans de plus que lui!

Ca ne vous gêne pas d’avoir percé, et d’être connu partout dans le monde, avant tout comme le «gars marrant» qui a fait une vidéo ridicule?

C’était pareil en Corée. J’étais connu comme le «funny guy» mais au bout de 12 ans, dans mes concerts, beaucoup de gens riaient, dansaient, sautaient… et  ensuite pleuraient. Cela veut bien dire que ma musique a beaucoup d’aspects différents. Cela ne fait que commencer donc je m’en fiche si je suis le «funny guy». Ce qui compte, c’est qu’ils me connaissent. C’est un truc énorme pour le débutant que je suis. Et dans quelques années, je suis sûr que je donnerai des concerts dans lesquels les gens verront qui je suis vraiment. Je ne fais pas que de la musique dansante. Mais les gens verront plus tard, je ne suis pas pressé.

A quoi peut-on s’attendre pour votre prochain album? Il sera dans la veine de «Gangnam Style»?

Il faut qu’au moins une chanson, la prochaine, soit similaire à «Gangnam Style». Parce que c’est ce que les gens attendent de moi pour l’instant. Je pense que les artistes commerciaux doivent satisfaire les désirs des gens. On attend de moi une chanson avec un rythme très prenant, une choré entraînante et une vidéo ridicule, donc je le referai.

Volontiers?
Bien sûr. Les gens n’aiment pas le PSY sérieux, c’est ce que j’ai ressenti ces douze dernières années en Corée. La raison pour laquelle les gens pleurent dans mes concerts, c’est qu’ils ont conscience des efforts que je fais. Pendant plus de 3 heures, je danse sans m’arrêter. La foule se fatigue avant moi. Ils voient que moi je souris et rigole encore, et c’est pour ça qu’ils pleurent.

Vous avez déjà en tête la prochaine danse?

Oui! La danse du jockey, c’était la sixième idée de chorégraphie que j’ai eue. J’en ai déjà cinq en stock qui seront nouvelles pour le monde entier.

Vous chanterez en coréen ou en anglais?

Moitié-moitié, en tout cas pour le prochain album. Quand je suis arrivé aux Etats-Unis pour faire ma promo, j’ai décidé qu’il ne fallait pas que je prétende être américain. Si je chante en anglais, je ne suis qu’un parmi tant d’autres, mais si je chante en coréen, je suis le seul à le faire sur le marché américain. Jusqu’ici, ça a marché, donc je vais continuer comme ça. Quand je parle coréen, je suis le meilleur. Il y a beaucoup trop d’artistes qui parlent anglais mieux que moi. Et pour les Coréens, c’est vraiment quelque chose de voir les gens du monde entier chanter les paroles en coréen. C’est une grande fierté.

Vous avez vu que l’Institut coréen qui promeut la K-Pop vous défend contre les Japonais qui résistent au phénomène «Gangnam Style»? C’est pour eux le signe d’une «jalousie digne d'une cour d'école»

La chanson n’est pas encore sortie au Japon. J’ai reçu des statistiques de YouTube qui m’indique que le Japon représente la sixième plus grande population à avoir cliqué sur ma vidéo, donc je ne vois pas de jalousie. C’est juste ce que les gens disent, et je déteste ça. Ce que je fais, c’est de la culture. Je n’aime pas du tout quand la culture et la politique sont mélangées, c’est très ringard.

Qu’avez-vous pensé du coup de la parodie de «Gangnam Style» par le dissident chinois Ai Weiwei?

J’ai aimé chaque parodie. Dans les premières qui ont été faites, les gens n’étaient pas très pro, mais aujourd’hui ils se préparent tellement que j’imagine tous leurs efforts pour se préparer, et ça c’est vraiment génial, de penser à tous ces gens qui partout dans le monde se donnent du mal pour ma chanson…

La parodie d’Ai Weiwei est pourtant politique…

Je n’aime pas du tout les artistes qui s’expriment sur la politique. Donc je ne vais rien dire là-dessus.

«Gangnam Style» ne se veut pas une critique de l’attitude bling-bling qui règne à Gangnam, ce quartier de Séoul?

Non, c’est juste une chanson drôle, c’est tout. Je ne veux rien dire du tout avec cette chanson. Je n’avais rien en tête. Comme le phénomène a grandi, j’entends beaucoup de choses, des gens qui disent que je critique les gens riches… Mais pas du tout. J’ai juste voulu m’amuser.