Beth Ditto: «Si je n'avais jamais quitté l'Arkansas, je travaillerais chez Walmart et j'aurais 25 enfants»

MUSIQUE La chanteuse du trio américain se met à nu dans le livre «Diamant Brut», qui paraît ce jeudi aux éditions Michel Lafon...

Propos recueillis par Annabelle Laurent

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Beth Ditto, chanteuse du groupe Gossip. 
Beth Ditto, chanteuse du groupe Gossip.  — Collection personnelle de Beth Ditto

«Il y a dans ce livre de quoi sérieusement choquer» avait averti Beth Ditto l’an dernier. Et pour cause: l’exubérante chanteuse de Gossip se livre ici comme rarement elle ne l’a fait, évoquant les abus sexuels dont elle a été victime, comme avant elle sa mère et sa grand-mère, dans sa ville natale du fin fond de l’Arkansas où régnait «le sexisme poussé à l’extrême». La découverte du mouvement musical rock et féministe des Riot Grrrl, et la rencontre de ses compagnons de Gossip seront son salut. Aujourd’hui icône adulée depuis le succès planétaire de l’explosif Standing in the way of control, Beth Ditto dédie son récit aux «gamins démunis et incompris, où qu’ils se trouvent».

Vous n’avez que 31 ans. Déjà une autobiographie?
C’est parce que je veux acheter une maison à ma mère, qui vit encore dans son mobile-home. Quand les éditeurs m’ont dit «Tu devrais écrire tes mémoires» j’ai pensé: «C’est une blague?». En plus, j’étais encore plus jeune, c’était il y a quelques années. Je me suis laissée convaincre pour des questions d’argent.

Vous l’avez coécrit avec l’auteur et poète Michelle Tea. Pourquoi elle?
Parce qu’elle est queer, féministe, elle adore l’art et la musique... Elle était parfaite. On a passé des heures et des heures à parler. Mais j’aime aussi écrire, c’est l’une des choses que je préfère. J’avais une chronique dans le Guardian à un moment, j’adorais ça. J’aurais bien aimé être journaliste. Ou coiffeuse. Ou infirmière. Tout, en fait! Je n’ai que la trentaine et je pense toujours à ce que je pourrais faire d’autre que chanteuse.

Vous consacrez une grande partie du livre à votre enfance chaotique dans la société ultraconservatrice de l’Arkansas…
Je ne voulais pas que ce soit un livre sur la célébrité. Je pense que mon enfance est drôle en un sens, il y a beaucoup d’histoires bizarres à raconter. C’est en tout cas plus intéressant que ma vie d’aujourd’hui!

Vous racontez les abus sexuels dont a été victime votre mère avec son père, votre sœur avec votre cousin, et vous-même avec votre oncle...
Ce qu’il y a pu y avoir de tragique ou de triste me fait apprécier ce que j’ai aujourd’hui. On n’avait rien, et ma mère était très créative, elle nous a appris à nous en sortir. Grandir comme ça, c’est aussi une bénédiction. Ça m’a donné de l’empathie pour les autres.

Tout a commencé avec votre «seconde famille» à Olympia, dans l’Etat de Washington, où vous découvrez le mouvement punk. Vous avez finalement réussi à quitter l’Arkansas!
C’était pas gagné! Sortir de l’Arkansas, trouver des gens qui me comprenaient totalement, ça m’a sauvé la vie.

Que serait devenue Beth Ditto si elle n’avait jamais quitté l’Arkansas?
Je travaillerais probablement à Walmart. Je serais une très jeune maman. Avec 25 enfants. Non, cent!

Vous dites avoir commencé à vous sentir féministe à 12 ans. Ça fait jeune…
Absolument. J’avais 12 ans en 1993, et à l’époque il y avait de nombreux groupes de filles très cool, comme les RainCoats. J’ai énormément appris sur le féminisme underground très très jeune. Et d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours trouvé ça injuste que ma mère travaille aussi dur, pour si peu de reconnaissance. A 12 ans, j’ai entendu le mot féminisme, et je me suis dit «wow, c’est moi»!

Votre récit n’épargne pas votre famille. Vous avez peur de leur réaction?
Plus maintenant. Je les ai tous prévenus. Je suis surtout très protectrice avec ma mère. Je ne voulais surtout pas donner une mauvaise image d’elle. On est très proches, je l’ai tous les jours au téléphone.

Hâte de votre tournée en France qui commence le 4 novembre?
Oh oui! J’adore jouer en France. Et après la saison des festivals, c’est génial de faire des concerts en plus petit comité.