Avec «Peste et choléra», Patrick Deville se place pour le Goncourt

LIVRE L'écrivain y raconte l'histoire d'un scientifique parti à l'aventure en Asie...

Karine Papillaud

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Voilà bien un curieux homme auquel Patrick Deville consacre son nouveau roman, Peste et choléra (Seuil, 18 euros). Un bijou que le Prix Fnac n'a pas laissé passer: Deville a ainsi démarré la course au Goncourt bardé d'une distinction.

Doué, mais discret

Alexandre Yersin, un scientifique mort il y a soixante-dix ans, a découvert la toxine diphtérique, avant de partir à l'aventure en Asie, désertant l'Institut Pasteur dont il était l'un des piliers. A Hongkong, il découvre le bacille de la peste, et son vaccin. Au Vietnam, il crée un commerce à partir de la plante du caoutchouc. L'argent lui permet de financer ses recherches. «Yersin est un homme seul. Il sait que rien de grand jamais ne s'est fait dans la multitude.» On se demande ici de qui le narrateur parle vraiment, du scientifique-explorateur ou de l'écrivain?

En vingt-quatre ans, Deville n'a écrit que neuf romans, avec dernièrement une prédilection pour le XIXe siècle des aventuriers : Pura Vida racontait l'épopée de William Walker qui voulait devenir président du Costa Rica, Kampuchea comment Angkor était découvert par le chasseur de papillons Henri Mouhot.

D'un personnage singulier à un autre, Yersin s'impose, détaché de tout, libre de vagabonder. Le style de Patrick Deville épouse l'aventure de cet homme avec souplesse, humour, décalant le rythme des phrases au fil de ses pérégrinations. Impossible de lasser le lecteur dans cette langue précise, épurée, sophistiquée et élégante. Ce Yersin a été oublié de l'histoire, pourquoi y revenir ? Parce que la littérature, quand elle est grande sait souvent mieux que l'histoire faire revivre l'extraordinaire des destins oubliés. Et Patrick Deville est un maître en la matière.