Il était une fois une scène française…

Benjamin Chapon

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Dix ans se sont écoulés depuis l'émergence de la scène néoréaliste incarnée, bien malgré eux, par Vincent Delerm et Bénabar. Depuis, la scène française s'est éclatée, et il n'y a pas de quoi rire. Résurgence new wave, influences anglo-saxonnes mal digérées, électro à guitares… Peut-être 2012 verra-t-elle un retour de la chanson à texte. On ose y croire à l'écoute du nouvel album d'Alexis HK, Le Dernier Présent. S'y trouve ce qui manque cruellement à bien des disques actuels : des chansons qui racontent des histoires.
« On m'a très vite collé l'étiquette “chanteur désuet”, explique Alexis HK. Au début, ça m'a vexé, maintenant j'assume. Le modernisme est tellement éphémère, de toute façon. » Lui taille ses chansons dans une roche pas tendre, le texte. « On peut faire tous les arrangements qu'on veut, travailler l'interprétation, mais une bonne chanson, il faut qu'elle tienne toute seule au coin du feu. »

Le texte, ça conte
Luce, jeune chanteuse révélée par le télécrochet « Nouvelle Star », s'applique la même règle stricte : « Je ne peux pas imaginer une chanson qui ne raconte pas une histoire. » Approchée pour un album de comptines pour enfants, La Fabrique à comptines, elle a sauté sur l'occasion. « Je me suis reconnue dans ce registre qui met en avant l'histoire, pour ensuite susciter des émotions. Là, je travaille sur mon second album, et je me retrouve face à une difficulté. Je veux faire passer ce que je suis devenue, la manière dont j'ai évolué, mais je veux rester fidèle à cette ligne de conduite narrative. C'est compliqué. » Outre le parrain Alexis HK, bien des filleuls sortent, ces jours-ci, des albums de vraie chanson. Comme Jérôme Minière, Céline Ollivier ou encore Buridane. Dans Pas fragile, son premier opus, la chanteuse dévoile une poésie juste et attachante qu'elle met au service d'histoires délicieuses et retorses. On va finir par croire à l'émergence d'une scène.