Do you speak le haut-elfique?

CULTURE Le livre «Le haut-elfique pour les débutants» témoigne de la passion de Tolkien, fondateur de la fantasy, pour la création de langues…

Joël Métreau

— 

Des elfes dans le film "Le Seigneur des anneaux: Le Retour du roi".
Des elfes dans le film "Le Seigneur des anneaux: Le Retour du roi". — ADC-DIFFUSION / SIPA

On répète en chœur. «Namárie meldonyar!» puis «Eleni silir menelde» et «Cinte pilindi lantar súrinen». Traduction: «Bonjour mes amis!», «Les étoiles brillent dans le ciel», «Les petites flèches tombent dans le vent». Pas forcément utiles dans la vie courante, ces expressions sont indispensables en cas de vacances dans la Terre du Milieu, ce monde créé par le Britannique J.R.R. Tolkien pour Le Seigneur des Anneaux et Bilbo le Hobbit. Dans l’œuvre et les notes de ce fondateur de la fantasy, quelque 25.000 mots de quenya ont été recensés.

Inspiré du latin, du grec ancien et du finnois

Le quenya, une langue pratiquée par ces êtres beaux et éternels que le commun des mortels affuble d’oreilles pointues, turlututu, les elfes. Le quenya, une langue totalement construite, au même titre que le célèbre espéranto, et que vient de mettre à la portée du public Edouard Kloczko dans son ouvrage Le haut-elfique pour les débutants (éditions Fetjaine, 19 euros). Graphie, prononciation, écriture, vocabulaire, conjugaison… Le linguiste a scrupuleusement consigné les règles du quenya. «Pour les structures grammaticales, Tolkien s’est inspiré du latin, du grec ancien et du finnois. Le vocabulaire, lui, est complètement imaginaire», précise Edouard Kloczko.

Des langues au centre de son œuvre

Avec le quenya, Tolkien était loin d’en être à sa première invention…  Alors âgé de 10 ans, il avait imaginé l’animalique, un code davantage qu’une langue, pour échanger en secret avec ses cousines. A l’adolescence, il commence à créer d’autres langues imaginaires. Etudiant, il décroche ses meilleures notes dans en philologie, l’étude de la linguistique historique partir de documents écrits. Après la Première Guerre mondiale, «il a eu envie de créer un univers avec des personnages qui parlent les langues qu’il avait créées, raconte Edouard Kloczko. Il avait affirmé que ces langues constituaient le centre de son œuvre. A la différence de “Star Trek” et du klingon, qui est arrivé après la série.» Au total, il a conçu une vingtaine de langues, parfois détaillées jusque dans leur histoire, comme le khuzdul chez les nains ou le «noir parler» pour les Orcs.

«Un peu Champollion et un peu Sherlock Holmes»

Ces langues n’ont pas encore livré tout leur vocabulaire, puisque les manuscrits de Tolkien n’ont pas été tous révélés. Aujourd’hui, ils sont répartis en trois principaux lieux, dans la collection personnelle de son troisième fils, dans la fameuse bibliothèque bodléienne de l’université d’Oxford et à l’université Marquette dans le Wisconsin. Des écrits surgissent inopinément: «Il y a deux semaines, dans le fanzine Parma Eldalamberon, ont paru cent quarante pages inédites du système d’écriture tengwar, qu’il avait imaginé dans les années 1930.» Des mots calligraphiés à la plume, qui obligent Edouard Kloczko à être la fois «un peu Champollion et un peu Sherlock Holmes». Tolkien écrivait beaucoup à la main, et le résultat ressemblait parfois à l’ordonnance d’un médecin.