Lucas Belvaux fait fort pour les faibles

©2006 20 minutes

— 

"La raison du plus faible" de Lucas Belvaux (Belgique-1h56) avec Eric Caravaca, Lucas Belvaux, Claude Semal, Natacha Régnier. A Liège, pour pouvoir offrir une mobylette à la femme de leur copain Patrick, trois hommes vont tenter un très gros hold-up. Evidemment, rien ne se passera comme prévu.
"La raison du plus faible" de Lucas Belvaux (Belgique-1h56) avec Eric Caravaca, Lucas Belvaux, Claude Semal, Natacha Régnier. A Liège, pour pouvoir offrir une mobylette à la femme de leur copain Patrick, trois hommes vont tenter un très gros hold-up. Evidemment, rien ne se passera comme prévu. — Pierre Millon AFP

La Raison du plus faible est un polar généreux où Lucas Belvaux choisit de prendre le parti des laissés-pour-compte de la société. Deux chômeurs belges ayant perdu tout espoir de retrouver du travail décident de monter un casse contre l'aciérie qui les a congédiés. Le duo convainc un ancien détenu, joué par Belvaux lui-même, de l'aider à s'organiser tout en essayant de garder hors du coup leur meilleur ami, un père de famille trentenaire campé par Eric Caravaca. « J'ai voulu montrer comment le désespoir peut pousser les gens à devenir hors-la-loi, explique le réalisateur. Leur acte a tout d'un baroud d'honneur, d'un sursaut ultime pour retrouver le respect d'eux-mêmes. »

Comme dans la brillante trilogie Un couple épatant, Cavale et Après la vie, le réalisateur mélange les genres. Ce polar prend des accents de chronique sociale tout en incorporant une dose de dérision indispensable pour empêcher cette tragédie de sombrer dans le misérabilisme. Les futurs braqueurs jouant avec leurs flingues avant le hold-up comme des gamins sont emblématiques de la volonté de Belvaux d'éviter le mélodrame. « Il était inutile d'enfoncer le clou, dit-il. La pudeur me semblait essentielle pour témoigner des humiliations quotidiennes que subissent ces hommes qu'on a pressés comme des citrons avant de les jeter. » La solidarité de ces héros, de parties de cartes complices en braquage inévitablement tragique, est d'autant mieux montrée que le cinéaste ne se permet aucun effet facile. Le plan-séquence final, soulignant l'insignifiance des personnages dans l'immense décor de la mégapole, est exemplaire de ce souci de sobriété.

Caroline Vié