«Holy Motors»: Sacré film pour un come-back

CINEMA Léos Carax revient avec un film drolatique...

Stéphane Leblanc

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Eva Mendes et Denis Lavant dans Holy Motors, de Léos Carax.
Eva Mendes et Denis Lavant dans Holy Motors, de Léos Carax. — PIERRE GRISE PRODUCTIONS

Sacrés moteurs de limousines, qui parlent dans le film comme dans Cars. Et sacré Léos Carax, qui déclare une nouvelle nouvelle fois sa flamme au septième art. Holy Motors est un film ultra-référencé, même si «le terme révulse Léos», prévient Denis Lavant, qui préfère parler d'échos. Et le masque que revêt Edith Scob, n'est-ce pas une référence aux Yeux sans visage de Franju? «Un hommage», corrige Lavant. Le film en est truffé. Avec ses cheveux courts, Kylie Minogue s'appelle Jean, comme Jean Seberg dans A bout de souffle, et les bonobos de la fin rappellent 2001.

Inévitables clins d'œil à Céline

«Il y a aussi des échos à des films qu'on a tournés précédemment avec Léos»: le toit de la Samaritaine des Amants du Pont-Neuf, les deux frères ennemis de Boy Meets Girls, la Darley Wilkinson et la petite Lise de Mauvais Sang. «Désormais, il y a de l'artifice, alors qu'autrefois, les personnages étaient sculptés sur du vivant», note Denis Lavant, qui incarne onze rôles, tous plus ou moins cabossés, et qui vont revisiter l'histoire du cinéma au cours d'une même journée.

Parmi eux, le fantasque Monsieur Merde, déjà croisé dans un court-métrage de Carax à Tokyo. Un monstre qui s'en prend à la chevelure d'Eva Mendes dans une scène drolatique. Lui peut tout se permettre, au contraire du cinéaste, contraint depuis vingt ans à renoncer à la plupart de ses projets. «Mon rôle de vieux, c'est la figure de Beckett, note encore Denis Lavant. Le banquier, c'est DSK. Le père de famille, un mélange de Léos et de moi à partir de nos photos sous Photoshop… » Et puis il y a d'inévitables clins d'œil à Céline, une constante chez Carax. C'est le prénom d'Edith Scob dans le film. «Mais c'est aussi le réceptionniste de l'hôtel qui ressemble physiquement à l'écrivain.» Celui auquel le cinéaste aime emprunter le sens de la formule fulgurante et l'attitude mal polie de l'artiste maudit.

La bande annonce:


 

En panne à Cannes

Certains festivaliers lui prédisaient la palme, mais Holy Motors est rentré bredouille de Cannes. «L'accueil a été d'une émotion telle que ça valait mieux qu'un prix», relativise Denis Lavant. Le film, qu'une partie du jury a défendu, aurait, paraît-il, manqué de peu le prix de la mise en scène.