« Tideland » ou la vie cauchemardesque d'un ange

©2006 20 minutes

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Ennemi de la facilité, Terry Gilliam pousse le bouchon toujours plus loin avec Tideland qu'il définit comme « une rencontre entre Alice au pays des merveilles et Psychose ». Le réalisateur de Brazil s'est épris du roman éponyme de Mitch Cullin au point de transposer à l'écran les aventures entre rêve et réalité d'une gamine folle à lier. La petite Jeliza-Roze, jouée par l'excellente Jodelle Ferland vue récemment dans Silent Hill, n'a d'autre ressource que de s'inventer un monde parallèle, pas vraiment plus gai, pour fuir la réalité de ses parents, ex-fan des sixties drogués jusqu'aux oreilles. Leur mort subite et son abandon dans une maison n'améliorent pas le quotidien de la fillette contrainte de composer avec des voisins sérieusement agités du bocal, une nécrophile violente ou un simplet qui cache un QI de poisson rouge dans un corps d'adolescent.

Si le producteur Jeremy Thomas a eu du mal à financer cette oeuvre atypique, il déclare être convaincu que « le film peut plaire à un large public car l'histoire d'une enfant qui souffre est universelle ». Des scènes cauchemardesqu, où la gamine se laisse happer par ses fantasmes, ou une séance d'embauche à l'humour décalé portent la patte du grand Gilliam. Le réalisateur n'a pas son pareil pour retranscrire les épreuves de l'enfance en trouvant l'équilibre entre l'innocence et le morbide. Il y avait longtemps que le cinéaste n'avait pas emmené le spectateur dans un univers aussi riche en surprises, angoisses et émerveillements.

Caroline Vié