Festival de Cannes: Un distributeur demande 2.500 euros pour interviewer Brad Pitt

POLÉMIQUE our la première fois en soixante-cinq ans de Festival, une société de distribution a demandé à des journalistes de payer pour pouvoir interviewer des stars hollywoodiennes comme Brad Pitt, selon le «Spiegel»...

Anaëlle Grondin

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Brad Pitt pendant le photocall du film «Killing Them Softly» au 65e festival de Cannes, le 22 mai 2012.
Brad Pitt pendant le photocall du film «Killing Them Softly» au 65e festival de Cannes, le 22 mai 2012. — David Fisher / REX / SIPA

Plusieurs journalistes canadiens sont choqués. Présents sur la Croisette pour couvrir le Festival de Cannes, ils ont été très surpris de recevoir ces derniers jours une grille de tarifs de la part de la société de distribution Alliance Films pour des entretiens avec les plus grandes stars présentes à Cannes. Pour 2.500 euros, les journalistes pouvaient ainsi obtenir 20 minutes d’interview avec Brad Pitt, arrivé sur la Croisette ce mardi pour la projection du film Killing Them Softly, indique le Spiegel. Mais ce tarif concerne uniquement les médias écrits qui veulent une entrevue en tête à tête avec la vedette de leur choix. Pour les entrevues télé, c'est 3.000 euros, rapporte La Presse. Autre exemple: un entretien avec Kristen Stewart, qui joue dans l’adaptation de l’œuvre de Jack Kerouac Sur la route, peut être obtenu par les journalistes canadiens avec Alliance Films pour 1.250 euros. Les tarifs ainsi proposés par le distributeur canadien varient en fonction des personnalités, mais aussi du média (chaîne de télévision, presse écrite), selon la presse canadienne. Outrés par ces propositions, aucun média n’a vraisemblablement accepté de débourser un centime pour avoir accès à ces acteurs, rapporte 24H Montréal. Car d'ordinaire, aucun média ne paye pour obtenir des entrevues avec les vedettes de cinéma.

Les journalistes canadiens n’ont pas été les seuls à être approchés de la sorte par le distributeur. Des journalistes allemands qui souhaitaient interviewer Nicole Kidman et Matthew McConaughey pour leur participation au film The Paperboy, se sont également vu intimer l'ordre de payer pour procéder à l’interview, selon le Spiegel.

«Les célébrités arrivent avec leur coiffeur, leur maquilleur… Ça coûte cher»

Pour sa défense, Alliance Films a expliqué que le producteur qui organise les interviews à la chaîne à Cannes imputait au distributeur une partie des frais (transports, hôtels de luxe, jets privés…). La société canadienne avait donc décidé de transférer ces coûts aux médias. Alliance Films indique que sans cette participation des médias, il n’aurait pas pu les inviter. «Cela fait longtemps que les distributeurs paient pour avoir accès à des vedettes de films. Lorsque nous envoyons par exemple des journalistes à Los Angeles, les coûts du voyage comme l'accès aux vedettes sont à nos frais. Nous ne payons pas toujours les vedettes mais ça arrive de plus en plus souvent. Et dans un endroit comme Cannes, ces célébrités arrivent avec leur agent, leur coiffeur, leur maquilleur... Ça coûte cher», s'est défendue Annie Tremblay, la vice-présidente de la communication d'Alliance Films, auprès de La Presse.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Brian Myles, s'est ému dans la presse canadienne de cette situation «très préoccupante»: «Il y a un principe simple voulant que nous n'ayons pas à payer pour avoir accès à de l'information. Si les médias commencent à embarquer dans ce jeu, on va se retrouver un jour où seuls les plus gros auront accès aux célébrités. On ouvrirait ainsi la porte à une mercantilisation de l'information où nous serions tous perdants.»