« Saya Zamuraï », histoire sans sabre et sans pitié

Stéphane Leblanc

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H. Matsumoto est une star au Japon.
H. Matsumoto est une star au Japon. — URBAN DISTRIBUTION

Etre viré, en japonais, se dit « avoir la tête tranchée ». Comme le samouraï sans sabre de Saya Zamuraï, répudié et condamné à mort… à moins qu'il ne réussisse à faire rire le fils d'un seigneur un peu mou des zygomatiques. Coaché par sa fille de 9 ans, le pauvre samouraï va devoir mettre en scène, chaque matin durant trente jours, un nouveau spectacle. Drôle ? Si l'on croit au comique de répétition, certainement. Mais on pense surtout au destin de l'humoriste de télévision, condamné lui aussi à faire rire quotidiennement, au risque de passer à la trappe, d'avoir la « tête tranchée ».

Humour noir
Car le réalisateur du film, Hitoshi Matsumoto, est d'abord un célèbre comique de la télé nippone devenu sur le tard, et à l'instar de Takeshi Kitano, auteur d'un cinéma riche et audacieux (voir encadré). « C'est sûr, quelqu'un qui ne serait pas humoriste de télé ne pourrais pas faire un film tel que Saya Zamuraï », concède-t-il. Enchaîner trente sketchs censés faire rire sans paraître répétitif est en effet une gageure de gagman… dont on croyait Beat Takeshi – la créature médiatique que s'est créée Kitano – seul capable. « Apparemment, on nous compare, concède Matsumoto du bout des lèvres. Je ne vois pas vraiment pourquoi. » Plutôt que d'insister, on s'attardera sur les qualités de Saya Zamuraï, de loin le meilleur de ses trois premiers longs métrages. Un film de sabre sans sabre (ou presque), doublé d'une comédie qui vire au drame avec un épilogue aussi inattendu qu'émouvant.

Enfants de la télé

Le cinéaste Takeshi Kitano est aussi une star de la télé japonaise, notamment avec « Takeshi Castle » (que l'on a pu voir en France sur W9). Matsumoto, lui, anime en particulier l'émission de variétés « Hey ! Hey ! Hey ! Music Champ ».