Festival des Très Courts: Comment raconter une histoire en trois minutes?

CINEMA La 14e édition du Festival International des Très courts se tient du 4 au 13 mai dans 80 villes à travers le monde, dont 26 en France…

Annabelle Laurent

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La 14e édition du Festival International des Très courts se tient du 4 au 13 mai 2012
 
La 14e édition du Festival International des Très courts se tient du 4 au 13 mai 2012   — Affiche du festival

Il y a le court, et le très court. Moins de trois minutes. Que peut-on dire en aussi peu de temps? Pas mal de choses en fait. L’invasion des formats courts sur nos écrans de télévision le montre d’ailleurs: le court peut être efficace et séduire le public.

Le Festival international des Très courts valorise, lui, ces créations depuis quatorze ans, dans l’idée «d’inviter les chaînes de télévision à les diffuser à des heures de plus grande écoute» et de «pousser les distributeurs à les intégrer aux DVD de longs métrages ou même à les diffuser en avant film au cinéma». Cette année, 1.500 films ont été soumis, 150 retenus, toutes sections confondues, dont 47 en compétition internationale. Le fondateur des «Guignols de l’Info» et scénariste et dialoguiste des deux OSS 117 Jean-François Halin, qui préside cette année le jury international, décerne ce vendredi soir les prix au Forum des Images, à Paris.

Qui sont les réalisateurs de ces très courts? Comme les réalisateurs des courts-métrages, des cinéastes aspirant à faire des longs-métrages? Pas forcément, justement.

Eve Bufaud  a réalisé cette année Böses Mädchen, qui concourt dans la compétition Paroles de Femmes (un DVD Best-of de la sélection vient d’être édité). Durée: 2 minutes 54. Pour la réalisatrice, le très court, c’est la liberté. «Quand on a trois minutes, on est là pour ne pas respecter les règles scénaristiques. Il faut tenter des choses!» estime-t-elle. «On n’est pas dans le schéma du long: l’intro, le développement, le climax… enfin moi, personnellement, j’ai pas envie de me fatiguer à faire ça pour un 3 minutes».

Films à chute

Alors comment on raconte une histoire? Il y a bien des «trucs»? «Il faut aller à l’efficace. Le film à chute, c’est efficace», explique Eve Bufaud. C’est le cas de Böses Mädchen, où l’on découvre dans les dernières secondes d’où provient l’agressivité de l’héroïne du film. Autre recette de la réalisatrice: «En 3 minutes, je vais pas m’embêter avec des dialogues».

Ces recettes, ce sont simplement les siennes, précise celle qui entretient un rapport au format court un peu particulier. «Je pars toujours avec l’idée de faire des 6 minutes, des 10 minutes, et au final mon film fait moins de 3 minutes. Sauf récemment, j’ai réussi à faire un film de 10 minutes!» dit-elle fièrement. Il faut dire qu’elle est adepte du mouvement kino, qui consiste à réaliser, tourner, monter, et projeter un film en moins de 72 heures.

Ce n’est bien sûr pas le cas de tous les films de la compétition. Certains sont extrêmement travaillés et laissent deviner bien plus que trois jours de travail.

Et pour ceux qui ont moins de facilités à faire court, pas d’inquiétudes. Le Festival est tolérant… enfin un petit peu. Dans la FAQ du site, la question «J’ai un film de 3mn32; dois-je couper le début ou la fin?» obtient la réponse suivante: «Pas nécessairement. Envoyez-le nous tel quel et nous examinerons s’il a l’âme d’un Très Court malgré son anomalie de 32 secondes».

La suite de la réponse résume l’esprit du Festival: «En revanche, si vous êtes en train d’en réaliser un nouveau, vous constaterez avec joie que la contrainte de durée est aussi un moteur créatif. Certains ne dépassent pas deux minutes et sont excellents».

 

Quelques autres films en compétition: