Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli: «La nomination d' «Une Vie de chat», une victoire pour l'animation traditionnelle»

INTERVIEW Ce film d'animation va concourir, dimanche, aux Oscars...

Propos recueillis par Philippe Berry, à Los Angeles

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«Une Vie de chat», d'Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli.
«Une Vie de chat», d'Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli. — Folimage

Nominé surprise dans la catégorie animation, Une Vie de chat fait figure d'outsider, surtout face au favori Rango. Mais dans un cru très ouvert, les aventures de ce chat sur les toits de Paris ont un coup à jouer. Ses réalisateurs, Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, rencontrés à la Résidence de France à Los Angeles, n'en reviennent toujours pas.

Votre première réaction, en apprenant la nouvelle?

Une surprise totale. Le soir, on a dû vérifier sur Internet pour se dire «ah oui, c'est vrai!». On a l'impression de faire des petits films, avec des petits budgets, peu de diffusion. Notre studio, Folimage, est basé à Valence. On n'est même pas à Paris, on a une vie à l'opposée d'Hollywood. C'est même la première fois qu'on vient aux Etats-Unis.

L'animation 3D a remporté neuf des dix dernière victoires. Cette année, Tintin et Cars 2 ont été boudés par l'Academy. Une Vie de chat et Chico&Rita sont nominés. Est-ce une revanche pour l'animation traditionnelle?

Une revanche, peut-être pas, mais une reconnaissance et une victoire pour l'animation traditionnelle, sans doute. Peut-être qu'il y a un questionnement, que tout va trop dans le même sens, et qu'il y a un certain besoin de revenir à des choses plus sensibles, plus humaines. L'animation 3D garde une certaine froideur. Pour Tintin, la «performance capture» a fait des progrès, mais le regard des personnages reste encore vide. Cette technologie a un vrai intérêt quand il s'agit d'incarner une créature comme Gollum ou un animal. Mais pour un humain, est-ce que cela apporte vraiment quelque chose?

Sur Une vie de Chat, avez-vous beaucoup utilisé l'ordinateur?

L'animation est faite à la main, sur papier, à l'ancienne. Ensuite, on scanne et la mise en couleur est surtout faite à l'ordinateur, même si une partie est réalisée à la main, en crayonné. Les décors sont à la craie, puis retouchés à la machine. C'est très mélangé. On ne peut pas se passer de la technologie.

Jean Benguigui et Bernadette Lafont apportent beaucoup de couleurs aux personnages. Qui imaginez-vous pour la version anglaise?

On se base beaucoup sur le caractère des personnages, puis il faut trouver une voix qui colle. Le méchant (Benguigui, ndr) est très inspiré par Joe Pesci. Ça serait fantastique de l'avoir.

Pourquoi avoir autant de références à des films de gangsters?

Dans un film pour enfants, c'est un moyen de faire un clin d'oeil aux adultes. Quand on fait des références à Reservoir Dogs, Goodfellas ou La Nuit du chasseur, les plus jeunes ne comprennent pas, ils n'ont pas encore cette culture, mais c'est une manière de s'adresser aux plus âgés et aux parents.

Avez-vous vu Une vie de chat? Le film vous a-t-il plu? Et à vos enfants?