Michel Hazanavicius: «Remporter un Oscar me donnerait plus de libertés»

CINEMA A une dizaine de jours de la prestigieuse cérémonie des Oscars, «20 Minutes» a rencontré Michel Hazanavicius, le réalisateur de «The Artist». Le film muet en noir et blanc est nommé dans dix catégories et certains prédisent qu'il pourrait tout rafler comme aux Golden Globes et aux Bafta...

Propos recueillis par Anaëlle Grondin

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Michel Hazanavicius, le réalisateur du film «The Artist», à la cérémonie des Directors Guild Awards à Los Angeles, le 28 janvier 2012. Il remporte le prix du meilleur réalisateur.
 
Michel Hazanavicius, le réalisateur du film «The Artist», à la cérémonie des Directors Guild Awards à Los Angeles, le 28 janvier 2012. Il remporte le prix du meilleur réalisateur.   — MCMULLAN CO/SIPA

Michel Hazanavicius paraît infatigable. Nommé aux César et aux Oscars, le réalisateur de The Artist est décontracté. Même après plusieurs mois de promo intense à l’étranger et notamment aux Etats-Unis, où son long-métrage fait l’unanimité. Toujours disponible pour évoquer son film, le cinéaste, humble, s’est même prêté mercredi au jeu des questions-réponses avec le public à l’Apple Store d’Opéra à Paris. 20 Minutes a pu le rencontrer à l’issue de ce passionnant échange.

Vous paraissez très serein à moins de deux semaines des Oscars... Que ressentez-vous à l'approche de la prestigieuse cérémonie?
C'est un truc exceptionnel, ce qui nous arrive. Après je ne suis pas obligé d'être à bloc quand je suis très content, mais je suis profondément fier. Je suis surtout hyper content de vivre ça avec Bérénice [Bejo, sa femme et l'actrice qui joue aux côtés de Jean Dujardin dans The Artist, ndlr]. On oublie d'en parler dans la presse mais elle est aussi nommée aux Oscars. De pouvoir vivre ça avec la personne que vous aimez, ça rend la chose encore plus exceptionnelle. Ce qui est aussi très agréable c'est que personne n'a été oublié: on y va avec Jean [Dujardin], Thomas [Langmann, le producteur], notre compositeur, celui qui a fait les costumes, etc... Ça n'a pas grand sens sur un film de sortir une personne et de dire «c'est le meilleur». Un film c'est un tout organique. On devrait à chaque fois remercier tout le monde. Le côté médaille est donc un petit peu ridicule. Sauf que là, effectivement, ce qui est agréable, c'est que c'est le film qui est salué dans son ensemble. Ce n'est pas rien.

Remporter une statuette dorée, qu'est-ce que cela changerait pour vous?
Beaucoup de choses. D'abord ce serait hyper gratifiant, c'est vrai. Ça donne de la confiance, et c'est important. Si on me donne un Oscar, je me dis que j'ai le droit de me planter deux fois, trois fois. Après, ça amène énormément de propositions, notamment américaines. Ça donnerait aussi une espèce de crédit qui fait que tout d'un coup si vous voulez travailler avec des acteurs auxquels vous n'auriez même pas pensé avoir accès, vous y avez tout d'un coup accès. Ça donne plus de libertés. En France le système de financement du cinéma a une limite: les films sont financés par la télé. Ce qui est très bien c'est qu'on fait 250 films par an, il y a un réservoir pour les jeunes acteurs, les jeunes réalisateurs, les jeunes scénaristes, etc. Vraiment, on peut travailler. Mais la télé a parfois tendance à formater un petit peu les films, pour entrer dans ses canons à elle. Alors quand vous sortez de cette case là, que vous pouvez avoir accès à des distributeurs de cinéma du monde entier, les règles du jeu ne sont plus les mêmes. C'est sûr que vous gagnez en libertés. Après vous choisissez de les prendre ou non.

Vous avez passé énormément de temps aux Etats-Unis ces derniers mois pour promouvoir The Artist en vue des Oscars, quels ont été les temps forts de cette aventure américaine?
Il y a les prix importants qu'on a eus évidemment, les rencontres avec les gens. Mais je ne veux pas parler d'untel ou untel, on arriverait vite dans le people. J'ai plein d'anecdotes mais je considère que c'est ma vie privée.

Vu de l'extérieur, on a l'impression que vous vivez un conte de fées...
The Artist, je l'ai écrit, réalisé. Quand j'ai commencé j'étais tout seul. Oui, je vis un conte de fées, mais derrière le film. C'est un truc collectif. Et je ne fais pas de la fausse modestie, le film doit énormément à Thomas Langmann. Sans Thomas Langmann je ne fais pas de film. Il doit aussi énormément à Jean et Bérénice, parce que je pense que ce qui ressort du film c'est le charme. Et une grosse partie leur en revient à tous les deux. Le chien aussi, aussi étrange que cela puisse paraître.

C'est Harvey Weinstein, distributeur américain très renommé, qui a propulsé The Artist aux Etats-Unis et vous a entraîné dans la course aux Oscars. Quelle a été votre première réaction quand il s'est emparé du film pour le promouvoir outre-Atlantique?
C'était avant le Festival de Cannes. Il m'a tout de suite parlé des Oscars. Quand quelqu'un vous parle des Oscars, a priori vous ne le croyez pas. Vous vous dites plutôt «il essaye de m'enfler». Après, fin août on a fait trois festivals importants et là j'ai compris qu'on était plausibles. Très vite les gens dont c'est le métier, puisqu'ils font ça tous les ans, m'ont dit: «Le problème ce n'est pas de savoir si vous allez être aux Oscars, mais combien vous allez avoir de nominations». C'était ça la question. Harvey Weinstein est très impressionnant dans sa manière de travailler. C'est extrêmement précis, c'est pensé, il se donne vraiment les moyens de mettre en place une stratégie. Il a rendu le truc sexy aux Etats-Unis.

Après la cérémonie des César et celle des Oscars, cela ne va pas être difficile de se remettre en selle sur un nouveau projet?
Ça va sûrement être un peu difficile au début, oui. Même si tout cela est épuisant et que c'est saoulant de recevoir 40 emails par heure (il rit), c'est excitant en même temps. Mais je suis quand même très content de retourner au travail. Non pas que je considère que ce que je fais là n'est pas du travail. Mais je parle du travail concret d'écriture. Ça me manque.

Justement, avez-vous déjà votre prochain film en tête?
Oui, il y a un projet en particulier, mais je ne veux pas trop donner de détails. Pour l'instant disons que je pense à faire un mélodrame sur arrière plan politique. Mais quoi qu'il arrive j'ai envie de faire quelque chose de complètement différent de The Artist. Je n'ai pas envie qu'on dise: «Ah c'est dommage, c'est moins bien que The Artist». Je ne voudrais pas faire un truc qui puisse être comparable, car c'est un film qui pour moi est très spécial et unique.