Danièle Thompson: «Le téléphone doit être un outil de travail pour le cinéma»

CULTURE A l'occasion de la remise des prix du Mobile film Festival, Danièle Thompson, qui présidait le jury, a répondu aux questions de «20Minutes» sur les portes que peut ouvrir le mobile aux jeunes réalisateurs...

Charlotte Pudlowski

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Danièle Thompson, lors du Mobile Film Festival, le 8 février 2012 à Paris
Danièle Thompson, lors du Mobile Film Festival, le 8 février 2012 à Paris — Didier Gauducheau

Le cinéma sur téléphone portable, ça vous attire, c’est ce qui vous a donné envie de présider le jury du Mobile Film Festival?
Je fais partie d’une génération pour laquelle l’idée de regarder un film sur un portable n’est pas du tout naturel. C’est ce qui m’a intéressée. J’étais surprise de voir que l’on arrive à un résultat. Aussi bien avec la contrainte de l’écran, très petit, de la technique, qu’avec la contrainte du temps.  Je ne regrette vraiment pas de l’avoir fait, parce que l’on est souvent étonnés de la virtuosité de certains films. Du scénario, de l’interprétation…

Du montage?
Oui c’est surprenant que l’on puisse monter de si petites choses. Et il y en a quelques uns en plan séquence, qui sont réussis. Mais le montage est parfois impressionnant. L’un des courts-métrages s’amuse d’ailleurs des problèmes de raccords de plans.

Le court qui a gagné, De palier, est lui en plan fixe, dans un ascenseur…
De palier, c’est une performance. Il y a une vraie idée, avec cette histoire qui se vit dans un ascenseur, mais ce n’est pas seulement une bonne idée. C’est le danger du format très court. Il ne faut pas juste une bonne idée pour que ça suffise. Il faut un début, un milieu, une fin, une construction, une réalisation...

Pour la mise en scène, le portable, ou n’importe quelle petite caméra, pourrait changer le rapport aux acteurs? Moins d’armada de techniciens: plus d’intimité?
Je ne crois pas que le rapport aux acteurs soit ce qui change. C’est davantage la notion de coûts toujours tellement importante dans un film, avec quelque chose de beaucoup moins contraignant: les lumières, les camions, l’équipe… C’est vrai que pour le metteur en scène il y a soudain une liberté, une simplicité désarmantes. Après les acteurs, la direction d‘acteurs… Le rapport avec les acteurs doit être fluide quoi qu’il arrive, le réalisateur recrée un espace de liberté en dépit de tout ça.

Le risque, c’est de penser que désormais, n’importe qui muni d’un téléphone peut devenir réalisateur…
N’importe qui muni de talent peut être réalisateur! Avec un téléphone, on pourrait ne rien faire de bien du tout, ou au contraire quelque chose qui accroche le public. On peut tout faire.

C’est l’avenir du cinéma?
Honnêtement je n’espère pas. Je pense qu’il n’y a rien de plus magique qu’une salle de cinéma avec un grand écran; j’espère qu’on n’arrivera pas au stade où regarder un film sur son téléphone deviendra une pratique trop courante. Mais pour un certain nombre de choses, c’est pratique. En ce moment, moi je fais des essais et je peux les regarder sur mon petit écran. On y voit très bien ce qu’un acteur peut faire, réussir, rater. Pour moi, le téléphone doit être un outil de travail pour le cinéma, plus qu’une forme réelle de plaisir. Mais tout change tellement vite: je vous parle peut-être comme quelqu’un qui est trop habitué aux salles de cinéma.

Ci-dessous, le court-métrage du gagnant du prix du meilleur film, Benjamin Busnel, avec De Palier