«Tatsumi»: Le destin et le dessein d'un mangaka

CINEMA Le biopic célèbre la carrière d'un maître de la BD japonaise pour adultes...

Caroline Vié

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Cinq histoires courtes esquissent la vie de l'artiste dans le Japon de l'après-guerre.
Cinq histoires courtes esquissent la vie de l'artiste dans le Japon de l'après-guerre. — ZAO WEI FILMS

Yoshihiro Tatsumi, mangaka légendaire, s'anime grâce au cinéaste singapourien Eric Khoo. Le résultat, sobrement baptisé Tatsumi, est un documentaire hors du commun, adaptation d'Une vie dans les marges (éd. Cornélius), biographie fleuve du maître.

La fiche du film par ici

«Cet ouvrage m'a ébloui parce que je me suis senti en phase avec la passion de Tatsumi-san pour son métier. Je pouvais à la fois me projeter dans la dynamique cinématographique de ses planches et dans ses soucis quotidiens pour faire triompher sa vision», explique le réalisateur de My Magic (2008). Le mangaka s'est également reconnu dans son jeune admirateur. «Eric est aussi dessinateur, ce qui lui a permis de comprendre la façon idéale de transposer mon travail à l'écran», confiait-il après la projection du film au Festival de Cannes.

Une complicité totale

Des histoires courtes, où l'érotisme et la violence se mêlent au désespoir, entrecoupées de détails de la vie de l'artiste dans le Japon de l'après-guerre. «Son humour noir lui permet d'aborder des thèmes aussi délicats que la folie et l'inceste», précise Eric Khoo, qui a retrouvé la grâce et le style rentre-dedans du pionnier du gekiga, la bande dessinée indépendante, destinée aux adultes. «Voir mes dessins prendre vie est une expérience que j'aimerais poursuivre avec Eric», avoue le maître, âgé de 76 printemps. Un Tatsumi 2? On l'espère, après avoir éprouvé la beauté de ce film singulier.

>> La bande-annonce:

Sacré au 39e festival d'Angoulême

Le tome II d'Une vie dans les marges (éd. Cornélius), dont s'inspire Tatsumi, a reçu dimanche le prix Regards sur le monde. «Tatsumi a été un auteur de l'underground et ça l'a ramené en périphérie du circuit commercial. Il est aujourd'hui redécouvert par les Japonais, qui s'aperçoivent enfin de son importance», selon son éditeur.