«J. Edgar»: Hoover aspirait à la postérité

CINEMA Eastwood face à une figure controversée...

Caroline Vié

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Hoover (L. Di Caprio) face au suspect Bruno Hauptmann (D. Herriman)
Hoover (L. Di Caprio) face au suspect Bruno Hauptmann (D. Herriman) — K. Bernstein / Warner Bros

L'un est le fondateur du FBI, l'autre l'incarnation de l'inspecteur Harry, justicier moderne aux méthodes musclées. Quand une icône d'Hollywood évoque une figure controversée de l'histoire de son pays, cela donne J. Edgar, biopic en forme de choc des titans sur la rencontre entre deux figures de l'autorité american style.

Un film miroir fascinant

On comprend très vite ce qui a intéressé le réalisateur chez Hoover, esprit retors et homosexuel de placard. Hoover avait des allures de dangereux enfant gâté, rêvant de gloire médiatique et de pouvoirs illimités. Loin de livrer une hagiographie, Eastwood s'interroge douloureusement sur ce qui reste d'une vie bien remplie (quarante-huit ans de service avec huit présidents différents), ses victoires et ses erreurs. En ce sens, J. Edgar Hoover, c'est un peu lui, star pétrie de contradictions, autocrate à ses heures, attachante à défaut d'être sympathique. Les caprices du «grand homme», incapable de partager avec ses subordonnés, maltraitant son entourage pour passer ses nerfs, ne sont pas sans rappeler ceux qu'on prête aux comédiens adulés.

Depuis Gran Torino (2008), Clint Eastwood repense ses choix personnels et s'interroge sur la spiritualité (Au-delà). Ces réflexions de cinéaste parvenu à l'heure du bilan hantent un film mortifère dans lequel DiCaprio campe son alter ego. Si son maquillage de vieillard n'est pas toujours convaincant, cela ne nuit pas à l'émotion exsudant d'une œuvre, où Armie Hammer emporte le morceau en compagnon souffre-douleur du héros. La peine sourde d'un personnage pris dans l'engrenage qu'il a lui-même créé trouve sans doute un écho chez Eastwood, chevalier du 7e art au crépuscule de sa carrière.

La bande-annonce (en version originale sous-titrée):