«Intouchables», un film raciste?

CINEMA Succès colossal en France, le film d'Olivier Nakache et Eric Toledano a reçu un accueil très froid aux Etats-Unis...

J.M. et C.P.

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«Intouchables» avec Omar Sy (à gauche) et François Cluzet (à droite)
«Intouchables» avec Omar Sy (à gauche) et François Cluzet (à droite) — © Gaumont Distribution

Les Français les adorent. Les Américains ne leur réservent pas le même accueil. Intouchables, et ses 11 millions d’entrées en France, se fait éreinter outre-Atlantique. Et si le film était raciste?

Le New York Times évoque «l’image stéréotypée du loser de banlieue» véhiculée par Driss. L’influent magazine Variety, qui règne sur le marché d’Hollywood, estime que le personnage, interprété par Omar Sy, montre «un rôle pas éloigné du cliché de l’esclave d’antan, qui amuse son maître tout en représentant tous les stéréotypes de classe et de race», ajoutant «Driss est traité de la même manière qu’un singe savant (avec toutes les implications racistes de cette expression)».

Idéologie sarkozyste

En France, rares sont les critiques qui ont dézingué le film, mais Libération a fait partie de ces rares. Récemment, la philosophe Marcela Iacub y a même expliqué que derrière une «façade téléthon, la vraie question que pose Intouchables est celle de la légitimité des formes actuelles de la distribution des richesses». Les deux personnages sont selon elle «deux figures honnies de la société française. Le premier pour ses privilèges et le second parce qu’il est un assisté et un voleur». Mais, juge la philosophe, on pardonne vite au premier et on ne demande au second que de bien apprendre la leçon des riches, et sa place dans la société. Par un système de don et contre-don, le film présente selon Marcela Iacub, «les formes de révolte des plus démunis non pas comme un problème politique mais comme un problème de civilisation, de bonne colonisation, de transmission d’une culture censée être universelle et non modifiable». Elle conclut: «Intouchables est ainsi une sorte de propagande voilée des politiques sociales de Nicolas Sarkozy».