«Shame»: Qui sont ces addicts au sexe?

CINEMA Dans «Shame», de Steve McQueen, Michael Fassbender joue Brandon Sullivan, un accro au sexe torturé. Elisabeth Rossé, psychologue au centre Marmottan - spécialisé dans les addictions - décrypte pour 20Minutes cette addiction au sexe...

Propos recueillis par Charlotte Pudlowski

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Shame, de Steve McQueen
Shame, de Steve McQueen — no credit

Attention: cet article contient des spoilers sur le film «Shame» de Steve McQueen

Dans Shame, le personnage de Michael Fassbender, Brandon, est un accro au sexe. Comment décririez-vous cette addiction? 
Elle peut l’être. Le sexe induit du plaisir, peut soulager d’un malaise, permettre de s’extraire de la réalité et d’éléments extérieurs contraignants, comme une drogue. Lorsque l’on chercher à retrouver ce plaisir de façon pathologique : cela peut devenir une addiction.

Dans Shame, on voit Brandon à la recherche permanente de partenaires. Il a des relations à la va-vite, comme on imagine un drogué prendre sa dose.
L’addiction réside dans l’acte sexuel lui-même, mais aussi dans la recherche du partenaire. C’est une forme d’excitation, comme une chasse. Et il ya aussi tout l’aspect transgressif: beaucoup d’individus accros au sexe sont en couples, ou d’un âge mature, donc cette addiction est en rupture avec le reste de leur vie. Ils assouvissent leurs pulsions en dehors du cadre.

Le personnage de Brandon n’est pas en couple. Au contraire, il n’arrive pas à l’être…
Parce que  lorsqu’il y a des émotions, tout se complique. Le reste du temps, l’individu addict est dans la sensation, dans l’acte, il n’y a pas d’émotion. Quand il rencontre une personne pour laquelle il éprouve autre chose, il est submergé. Le sentiment amoureux peut bloquer, empêcher de satisfaire la pulsion donc de réaliser l’acte sexuel.

Brandon Sullivan semble aussi être dans la recherche permanente de nouveauté. On le voit aller dans des backrooms…
Les symptômes de diversification sexuelle, c’est courant. On le voit par exemple avec la pornographie sur le Web. Au début, l’individu peut chercher un seul type d’images, avec une femme habillée d’une certaine manière, faisant certains gestes… Puis il augmente l’intensification des images. C’est un besoin de surenchère en quelque sorte, de diversification surtout. Dans ce cadre-là, on peut aller vers de nouvelles orientations sexuelles.

D’où provient l’addiction au sexe en général?
Il y a plusieurs facteurs. Ca peut être un viol dans l’enfance, comme un traumatisme moins important. Il peut s’agir d’une situation de conflits au sein des parents, des problèmes qui ont amené les jeunes enfants à trouver dans leur sexualité un refuge. Ce qui peut s’amplifier à l’adolescence et devenir pathologique à l’âge adulte.

Nous sommes dans une époque propice à l’addiction en général: l’addiction c’est un peu la pathologie du 21e siècle. Le sexe devient un objet comme un autre dans l’addiction. Mais on est aussi dans une société qui ne cesse de se montrer, de montrer les corps, de s’exhiber. Et qui impose la jouissance du corps comme un impératif. Mais l’addiction au sexe, comme toutes les addictions, est guérissable.