Cinéma: la fin des mercredis après-midi à zapper dans le vide?

INTERVIEW La SACD souhaite assouplir la diffusion des films vieux de plus de dix ans à la télévision les mercredi et samedi...

Charlotte Pudlowski

— 

Deux petites filles regardent la télévision en mangeant des sucreries, le 8 octobre 2003 à Rennes.
Deux petites filles regardent la télévision en mangeant des sucreries, le 8 octobre 2003 à Rennes. — AFP/VALERY HACHE

La Société des auteurs compositeurs dramatiques (SACD) souhaite assouplir la diffusion des films vieux de plus de dix ans à la télévision. A l’heure actuelle, impossible de voir des films le mercredi ou le samedi soir. Et pour cause: à la fin des années 70, le monde du cinéma craignait que la télé ne vide les salles en passant des films sur petit écran. Aux heures de sorties donc, rien ne devait retenir le téléspectateur dans son salon. Un mode de fonctionnement désormais jugé obsolète par la SACD. Son directeur-général, Pascal Rogard, l’explique à 20 Minutes.


Pourquoi vouloir changer aujourd’hui les réglementations sur «les films de catalogues», ceux qui sont sortis depuis plus de dix ans?

Parce que ces réglementations sont obsolètes. Elles avaient été créées alors que l’on craignait ce qui s'est finalement passé en Italie, à savoir une berlusconisation du cinéma. A une époque, l’Italie avait le premier cinéma d’Europe: près de 600 millions d’entrées, des grands réalisateurs comme Ettore Scola par exemple, etc. Puis Berlusconi a balancé ses chaînes privées, avec des films récents américains en bloc à longueur de journée, sans aucune limite et sans aucune obligation de financer en retour le cinéma. La fréquentation des salles en Italie s’est écroulée. Les Français, voyant ce qui se passait en Italie, se sont organisés pour que l’on harmonise les relations entre la télévision et le cinéma. Et ils ont eu la chance d’être soutenus politiquement. La France a donc limité les films que pouvaient passer les chaînes, limité les jours et horaires de diffusion, et imposé une obligation d’investir dans le financement de la production fraîche.

Mais les réglementations de diffusion ne sont plus nécessaires?

Toutes les études montrent aujourd’hui que la télévision n’est pas directement concurrente, pas s’il s’agit de films relativement anciens. Cette rigidité des règles pour les films de catalogue est d’autant plus absurde que la télé se transforme, s’affranchit des règles avec les lecteurs DVD, les box Internet…

Quelles pourraient être les nouvelles réglementations?

Concernant les films de catalogues, nous ne voulons plus aucune contrainte, ni sur les dates ni sur le nombre de films diffusés.

Cela permettrait de faire vivre davantage le patrimoine français...

Les films de catalogues n’ont pratiquement pas de place sur les chaînes de télévision, les historiques ou la TNT (qui se situe de plus en plus sur des niches). Donc il y a un problème d’exposition des films anciens. Conserver un film en bon état coûte de l’argent. Si l’exploitation n’est pas possible, les sociétés ne le numériseront pas, il sera plus ou moins perdu pour les téléspectateurs! Il faut donc simplifier l'exploitation des films par les chaînes.

La chronologie des médias, qui consiste à respecter d’abord la sortie en salles, puis en DVD, puis sur les chaînes payantes, puis sur les gratuites, doit aussi être assouplie, selon vous... 

Cette chronologie est née en 1982, lorsqu’a été mise en place une interdiction de diffuser des films sur d’autres médias que grand écran avant un an après sa sortie. C’était clairement fait pour protéger l’exploitation en salles. Il fallait donc un an avant de sortir en vidéo, sauf dérogations possibles pour les films restés moins longtemps en salles: un film qui restait seulement deux ou trois semaines en salles pouvait passer plus vite en VHS ou en DVD.

Récemment, avec la loi Création et Internet qui a créée l’Hadopi, les parlementaires ont voulu, pour inciter les internautes à arrêter de pirater, améliorer l’offre légale, et réduire le délai pour les DVD et la vidéo à la demande. Mais sans dérogation possible cette fois! Des films comme le documentaire A la Une du New York Times se retrouvent donc à attendre autant qu’Intouchables pour être disponibles à la télévision. Nous voulons que des dérogations soient possibles pour les films qui font jusqu’à 10.000 entrées.