Bernard Pons: «J'ai lancé cette opération de force, à contrecoeur...»

CINEMA L'ancien ministre revient sur les événements d'Ouvéa en 1988 et sur la polémique suscitée par la sortie du film «L'Ordre et la Morale»...

Recueilli par V. V.

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Bernard Pons, ancien ministre des DOM-TOM, le 9 avril 2003.
Bernard Pons, ancien ministre des DOM-TOM, le 9 avril 2003. — BERTRAND/NECO/SIPA

Bernard Pons était ministre des DOM-TOM de Jacques Chirac en 1988. Il a donné la charge qui a fait vingt-et-un morts, dix-neuf kanaks et deux militaires. Pour 20 Minutes, il revient sur la sortie de L'Ordre et la Morale, ce mercredi.

Comment pouvez-vous critiquer un film que vous n'avez pas voulu voir en salle?

Parce que je sais ce qu'il contient. J'ai lu le vingt-quatrième scénario. Je sais, par exemple, que j'y apparais en robe de chambre dans mon bureau en train de fumer un cigare. Je n'ai jamais fumé de ma vie.

Le film laisse entendre que l'assaut a été donné pour des raisons politiques…

Toute cette affaire a été réalisée dans la clarté la plus totale. François Mitterrand était président. Jacques Chirac, Premier ministre. S'ils ont donné l'ordre d'attaquer, c'est parce que la vie d'hommes était en jeu et non pas parce qu'ils étaient au coude-à-coude avant le second tour de la présidentielle.

C'est vous qui avez relayé l'ordre. Avec le recul, le regrettez-vous?

Je n'étais là que pour libérer les otages. La façon dont les événements se sont déroulés n'est que le fait des ravisseurs. Ils ne voulaient rien entendre…

Mais, regrettez-vous votre ordre?

J'ai lancé cette opération de force, à contrecœur.

Aujourd'hui, de quel œil voyez-vous l'évolution de la situation en Nouvelle-Calédonie?

Le travail effectué depuis 1988 est remarquable. J'espère qu'un jour, toutes les composantes de l'île pourront vivre en paix, ensemble. Il faudra faire ce référendum sur l'indépendance quand les esprits seront prêts. Aujourd'hui, c'est encore trop tôt. Le jour où cela se fera, il faudra bien respecter l'avis des Calédoniens.