« Ceci n'est pas un film » rattrapé par la réalité

Stéphane Leblanc

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Jafar Panahi dans Ceci n'est pas un film.
Jafar Panahi dans Ceci n'est pas un film. — Kanibal

Comme son titre l'indique, Ceci n'est pas un film n'est pas tout à fait un film. Juste une tentative de s'exprimer quand on se retrouve privé pour vingt ans du droit de filmer. C'est un documentaire sur le quotidien de Jafar Panahi, cosigné par Mojtaba Mirtahmasb, l'un des sept réalisateurs de documentaires arrêtés la semaine dernière pour espionnage : ces professionnels sont accusés d'avoir vendu des images à la BBC, chaîne de télévision britannique, dont la version en farsi (la langue iranienne) est interdite en Iran.

Ecrans ouverts que le monde
Le résultat est passionnant. Tourné avec une petite caméra numérique et beaucoup de spontanéité, on y voit Jafar Panahi au réveil, attablé devant son petitdéjeuner, appeler son avocate avant de raconter et mimer le film qu'on l'empêche de tourner. « Il ne m'est pas interdit de faire l'acteur ou de lire un scénario devant une caméra », s'amuse-t-il.
Confiné chez lui, le réalisateur est entouré d'écrans (télé, Skype) ouverts sur le monde. « Ce qui compte, c'est que les caméras restent allumées », insiste-t-il. A Cannes, où le film a été transmis en mai dernier sur une clé USB, son ami Mojtaba Mirtahmasb était confiant. « Participer au festival ne peut qu'apporter une bouffée d'air à une situation confinée », confiait-il à 20 Minutes. Il n'imaginait alors aucune mesure de rétorsion. « Nous ne sommes pas des kamikazes et notre message n'est pas politique », assurait-il quelques mois avant d'être arrêté à son tour.

Interdit

Condamné en mars 2010 à six ans d'emprisonnement et vingt ans d'interdiction de tourner, Jafar Panahi attend depuis décembre 2010 le résultat de son appel. « La sentence pourrait être réduite, selon son avocate, mais sûrement pas annulée. »