Des guerres bien trop boutonnées

SAGA «La Nouvelle Guerre des boutons», qui sort cette semaine, est très politiquement correcte...

Caroline Vié

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«La nouvelle guerre des boutons», de Christophe Barratier.
«La nouvelle guerre des boutons», de Christophe Barratier. — MARS DISTRIBUTION

Louis Pergaud n’y allait pas avec le manche du martinet quand il écrivait La Guerre des boutons en 1912. Les gamins se flanquaient des raclées d’anthologie et rentraient chez eux pour se faire copieusement corriger par des parents bêtes et brutaux. Si Yves Robert avait déjà calmé le jeu dans son adaptation cinématographique de 1961, les versions de 2011 ont été aspergées d’édulcorant.

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«J’adore le livre parce qu’il me rappelle ma propre enfance. On se battait sérieusement et on avait vraiment peur de mourir au combat», explique Claude Lapointe, brillant dessinateur qui illustra l’oeuvre de Pergaud chez Gallimard Jeunesse. «J’aime bien le film d’Yves Robert parce qu’il a gardé l’esprit d’une époque brutale en même temps qu’une certaine crudité, précise Claude Lapointe. Si on enlève le côté osé, on perd le charme de l’oeuvre.» Politiquement correct oblige, les gamins des nouveaux films se battent en douceur, ne reçoivent plus de corrections et ont même accepté des filles dans leurs rangs.

Prime-time assuré

Ils ont aussi perdu la possibilité de se battre à poil. «C’est le regard des adultes qui a changé, pas l’innocence des situations, précise Philippe Rouyer, ex-membre de la Commission de classification et critique à Positif. On ne peut plus montrer des gamins nus sans risquer de se faire accuser de pédophilie.» Yann Samuell a donc choisi de placer ses combattants dans un champ de blé et Christophe Barratier de leur faire porter des sous-vêtements.

Ce processus de lissage désole les directeurs de salles. «Les deux films sont destinés au même public familial. C’est un gâchis de les sortir à une semaine d’intervalle car ils auraient pu marcher séparément», soupire Gérard Lemoine, exploitant à Palaiseau (Essonne). Reste la certitude que ces images connaîtront une belle carrière à la télé où le prime-time leur est assuré.