Peter Mullan: «J'ai failli assassiner mon père»

CINEMA Le réalisateur évoque dans «Neds», film uppercut, son enfance brutale à Glasgow...

Propos recueillis par Caroline Vié

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Un adolescent tente d'échapper à la délinquance dans le Glasgow des années 70.
Un adolescent tente d'échapper à la délinquance dans le Glasgow des années 70. — MARS DISTRIBUTION

Peter Mullan s'est fait connaître comme acteur pour sa collaboration avec Ken Loach (My Name Is Joe, 1998) puis comme cinéaste avec The Magdalene Sisters, primé à Venise en 2003.

Neds (Non Educated Delinquents) met l'accent sur les deux aspects de son talent. Il interprète son père dans cette réalisation très personnelle où un garçon brillant tente d'échapper à la délinquance dans le Glasgow de 1973.

Jusqu'à quel point Neds est-il inspiréde votre propre enfance?
J'ai adouci la réalité! Dans la vie, j'ai failli assassiner mon père brutal et alcoolique. Si je n'ai pas fini en prison, c'est qu'il n'a pas bu le verre empoisonné que je lui avais servi.

Cela vous a-t-il fait du bien de l'incarner à l'écran?
C'est certainement une façon de tirer un trait définitif sur cette période douloureuse et aussi de parler des camarades qui n'ont pas eu la chance de s'en sortir.
Les choses se sont-elles améliorées depuis ?
Je dirais plutôt qu'elles ont empiré car les jeunes ont de moins en moins d'espoir. Cela m'a frappé en travaillant avec certains d'entre eux pour le film. Ils font des bêtises parce que leur horizon est bouché.

Croyez-vous qu'un film comme le vôtre puisse faire bouger les choses?

Je ne suis pas naïf, mais je garde un fond d'optimisme. Le théâtre m'a empêché de devenir un voyou. Je me dis que Neds peut ouvrir la porte à des discussions. De toute façon, il va bien falloir régler ces problèmes avant que la situation soit incontrôlable. Ce n'est pas en se cachant la tête dans le sable que les soucis vont disparaître par magie.