Festival de Cannes: Dans les coulisses du succès

CINÉMA e jeunes réalisateurs sont à Cannes, avec l'Atelier de la Cinéfondation, qui les propulse vers l'avant. Mais comment en arriver là?...

Charlotte Pudlowski

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 Une actrice montant les marches du Palais des Festivals à Cannes, le 19 mai 2011
 Une actrice montant les marches du Palais des Festivals à Cannes, le 19 mai 2011 — Lionel Cironneau/AP/SIPA

De notre envoyée spéciale à Cannes

Ils sont quinze, de quinze pays différents, venus à Cannes avec des projets de films et un producteur. L’Atelier de la Cinéfondation du Festival les a sélectionnés pour les mettre en contact avec des professionnels. Ils ne sont pas tout à fait novices: ils ont derrière eux d’autres films, et devant eux un plan de financement qui tient la route. Il ne leur manque que la mise en oeuvre de ce plan: c’est alors que l’Atelier intervient.

Trouver les financements

Deniz Gamze Ergüven, jeune réalisatrice turque vivant en France, voudrait par exemple réaliser un film sur les émeutes de 1992 à Los Angeles. «C’est un projet qui n’est pas évident à monter en France: c’est en anglais, aux Etats-Unis... Nous prenons à rebrousse-poil tous les modes de production traditionnels», explique-t-elle.

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Fabio Mollo, réalisateur italien, a de son côté envie de faire un film social, aux couleurs du réalisme magique de Gabriel Garcia Marquez, sur une jeune fille essayant de grandir à l’extrême Sud de l’Italie. «Mais faire un film en Italie est devenu compliqué. Plus encore dans le Sud. Et plus encore quand c’est un film social». Quant à Mohamed Al-Daradji, il entend tourner en Irak un film sur 90 secondes dans la tête d’une kamikaze. «Mais trouver les financements nécessaires en Irak, vous imaginez à quel point cela peut être difficile».

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Comme les douze autres réalisateurs de l’Atelier, Deniz Gamze Ergüven, Fabio Mollo et Mohamed Al-Daradji comptent concrétiser leurs projets grâce à cette invitation à Cannes. «C’est très important pour nous d’être ici, souligne Deniz, parce que c’est un accélérateur de rencontres. Lorsque l’on a des rendez-vous avec des financiers, on commence par parler du projet, de l’histoire, de l’esthétique, on décrit un film qui n’existe pas encore. Viennent ensuite les affinités, il faut simplement accrocher avec la personne qui vous écoute. Mais vous rencontrez tellement de gens à Cannes que vous aurez forcément des affinités avec certains.»

Il existe des arguments pour convaincre les financiers. La densité du projet par exemple. Deniz Gamze Ergüven s'est beaucoup documentée sur place, à Los Angeles. «Cela donne de la crédibilité au projet, de pouvoir expliquer que j’ai passé beaucoup de temps à l’intérieur de toutes les communautés de la ville. Et il y a des choses que je n’aurais pas pu inventer: quelqu’un qui dit: "Je me suis fait voler ma cuvette de toilette" ou le fait qu’ils utilisent non pas du lait mais du 7Up pour faire un cake.»

«Moi, je peux tourner en Irak»

Un autre argument est la spécificité du projet: «Moi je peux tourner en Irak, et personne d’autre ne le peut, avance Mohamed Al-Daradji. On parle de ce pays dans les journaux mais c’est compliqué pour quelqu’un qui n’en vient pas, d’y réaliser un film. Moi j’ai grandi là-bas, et j’y ai déjà tourné, dans sept villes, du Nord au Sud, je sais faire accepter un tournage». D'autres, comme Fabio Mollo, avancent que des acteurs connus sont déjà associés au projet. Le réalisateur italien raconte ainsi que Valentina Lodovini (prix Donatello en Italie) veut jouer dans son film, et que l’accord est scellé depuis un an.

Mais l’Atelier est aussi en soi un argument: y être sélectionné signifie aux financiers que le Festival de Cannes croit en ses réalisateurs, et apprécié les films précédents qu’ils ont montrés. Parmi les précédents réalisateurs sélectionnés: Apichatpong Weerasethakul (Palme d’Or 2010) ou Bertrand Bonello - qui pourrait bien la recevoir cette année.