Festival de Cannes: comment raconter la révolution tunisienne?

CINEMA Le récente révolution tunisienne se répercute dans le septième art...

A Cannes, Charlotte Pudlowski

— 

Des manifestants tunisiens dans le centre de Tunis, le 8 mai 2011.
Des manifestants tunisiens dans le centre de Tunis, le 8 mai 2011. — REUTERS/Zoubeir Souissi

En Tunisie, depuis le 14 janvier et la chute du dictateur Ben Ali, la censure est tombée: les réalisateurs peuvent désormais filmer comme ils le veulent. Cannes s’en félicite en mettant à l’honneur le pays. Un documentaire, Plus jamais peur du tunisien Mourad Ben Cheikh' est en sélection officielle, et le Pavillon des cinémas du monde accueille cinq réalisateurs tunisiens de court-métrages.

 >> Tous nos articles sur le festival de Cannes, ici...

«Il  faudra un peu de temps avant que les réalisateurs tunisiens arrivent à prendre de la distance avec ce qui s’est passé», explique Amine Chiboub, réalisateur de 29 ans. A part le documentaire, les films présents à Cannes ne parlent pas encore vraiment de la révolution: «ils parlent de l’étouffement d’avant, explique le jeune homme, le cinéma a besoin de plus de moyens que les autres arts, et il a besoin de plus de temps sans doute».
 
«La révolution, on était occupés à la vivre» approuve le réalisateur tunisien Walid Tayaa, déjà en sélection parallèle à Cannes en 2006 et de retour cette année. «Moi quand j’étais dans la rue, c’était en tant que citoyen et tunisien, pas en tant que réalisateur, je n’ai pas filmé. Faire un film sur la révolution? Je ne saurais pas quoi dire pour l’instant, je veux comprendre ce qui s’est passé réellement, digérer».
 
>> Notre diaporama sur les films en sélection officielle par ici

Walid Tayaa estime qu’après 23 ans de Ben Ali et de 32 de Bourguiba, il faut aussi se défaire des réflexes d’auto-censure, «Par exemple mon prochain film est sur la torture en Tunisie: le silence des uns sur la torture, le silence des autres sous la torture. Avant de commencer à raconter la révolution, je commence par travailler sur nous-mêmes et sur moi-même, pour comprendre ce qui s’est passé».
 
Eviter les écueils

Une fois que le cinéma s’emparera concrètement de la chute de Ben Ali, restera un écueil à éviter: la glorification de la révolution. Ce mot qui est sur toutes les lèvres en Tunisie ne doit pas faire «tomber le pays dans une autre dictature» prévient Walid Tayaa: «si j’ai envie de faire un film dans lequel je parle d’une histoire d’amour impossible entre deux garçons à Tunis, je ne veux pas qu’on me dise “ah non, on vient de se révolter, il faut parler de ça”. La révolution iranienne était vénérée, la révolution cubaine l’était aussi. Etre dans le culte n’a aucun sens, et implique des dérives, la volonté de forcer des gens à ne s’exprimer que dans un cadre précis. On a voulu passer à autre chose qu’à l’hégémonie totalitaire, il faut passer à la vie, tout simplement».