Quand les rôles collent à la peau des acteurs

CINEMA Colin Firth a expliqué qu'il bégayait, depuis qu'il a joué dans «Le Discours d'un roi»...

C.P.

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Colin Firth, à Londres, le 27 avril 2011
Colin Firth, à Londres, le 27 avril 2011 — Copetti/Photofab

Colin Firth était en train de donner une interview à un magazine britannique, quand soudain son discours s’est altéré; il s’est retrouvé avec…un bégaiement. Ce même bégaiement qui affecte le personnage qu’il a incarné au cinéma dans Le Discours d’un Roi. «On se rend compte que l’on est en train de bégayer, et si on se met à y penser, cela empire».

Colin Firth, pour le rôle qui lui a valu l’Oscar du meilleur acteur, s’était efforcé de saisir ce bégaiement. Il refuse d’entrer sur les détails de sa préparation, mais il s’entraînait, et le ressentait. Et cela ne part pas tout à fait.

Se prendre pour son personnage

Certains acteurs sont parfois si marqués par des rôles, qu’ils investissent avec tant de force, que la fiction ne les quitte jamais vraiment. C’est ainsi qu’Albert Dieudonné, qui avait joué dans le Napoléon muet d’Albert Gance, en 1927, était resté marqué à vie. Il donna plus tard des conférences sur lui, et selon l’historien Jean Tulard, en vieillissant se mit à se prendre réellement pour l’empereur…

Kirk Douglas craignit de se retrouver dans la même situation lorsqu’il incarna Van Gogh dans La vie passionnée de Vincent Van Gogh, de Vincente Minnelli. «Il l’évoque dans ses mémoires, raconte Michel  Cieutat, critique et professeur de cinéma. Il se demandait vers la fin du tournage s’il allait réussir à s’en débarrasser, s’il n’allait pas devenir fou. Il avait véritablement réussi à se transformer en Van Gogh, cheveux, barbe, vestes en velours qu’affectionnait le peintre: il est remarquable à l’écran. Les gens qui assistaient au tournage se demandaient si ce n’était pas une réincarnation de l’artiste. Minnelli cherchait l’esprit de Van Gogh et Kirk Douglas l’a trouvé».

La méthode

Les acteurs les plus marqués par leurs rôles, sont souvent ceux qui ont usé de la Méthode, base de l’Actors studio de Lee Strasberg. «Il s’agit de vivre le rôle au quotidien, 24h sur 24. Al Pacino avait par exemple appris à parler anglais avec l’accent cubain pour Scarface, avec un coach, et à cette période, il parlait sans cesse comme ça. Je crois qu’une fois le film terminé, il a peut-être un peu gardé l’accent quelque temps».

S’il y a en plus une adéquation très poussée sur le plan physique, émotionnel, et un tournage long, la force de l’habitude fait forcément effet. «En se réveillant le matin on est tout de suite entraîné vers ça. Il y a des gestes, des comportements qui viennent spontanément. Imaginez un personnage paralytique: sur dix semaines de tournage vous n’utilisez plus votre main par exemple. Quand vous recommencez, ça ne peut pas revenir de manière automatique. Et si vous êtes adepte de la Méthode, c’est encore plus fort», conclut Michel Cieutat.