Dans les coulisses d'une sale guerre

CINEMA Ken Loach dénonce le business de la sécurité en Irak...

Caroline Vié

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Fergus (Mark Womack, à dr.) enquête sur la mort de son ami à Bagdad.
Fergus (Mark Womack, à dr.) enquête sur la mort de son ami à Bagdad. — J. BARRATT / SIXTEEN FILMS

Ken Loach n'a pas mis d'eau dans son whisky. Route Irish, présenté au Festival de Cannes l'an dernier, parle de la guerre en Irak et des sociétés privées engagées pour tenter de maintenir l'ordre.



Deux copains britanniques partent pour Bagdad, appâtés par les 12 000 livres de salaire mensuel non imposable qu'ils peuvent gagner comme agents de sécurité dans ce pays en reconstruction. Le premier rentre chez lui dans un cercueil, le second tente de comprendre ce qui est arrivé à son copain.

Dénoncer pour avancer
Après le très léger Looking for Eric (2008), Ken Loach, à 74 ans, renoue avec le cinéma engagé qui l'a fait connaître. « Ce sont toujours les pauvres qu'on envoie au casse-pipe, assène le cinéaste. Il est facile de comprendre comment les héros du film, qui n'ont rien à voir avec le conflit, sont tentés par ce qu'ils croient être de l'argent facile. » Entre enquête policière et suspense guerrier, le réalisateur ne ménage aucun répit sur le chemin de la vérité. « C'est important de secouer le public sur des sujets pareils, montrer ce qui se cache dans les coulisses de cette sale guerre. » Mais espère-t-il vraiment faire évoluer les mentalités ? « Je ne suis pas naïf, mais ne rien dire ne fera pas bouger les choses non plus. Il faut dénoncer pour avancer. »

Comme un électrochoc
Et pour « bouger les choses », Loach secoue en profondeur, notamment lors d'une scène de torture à la limite du soutenable. « Ce sont des pratiques qui existent, insiste Ken Loach. Il est indispensable de montrer leur brutalité si on veut les faire disparaître. »
Route Irish est salutaire en montrant que l'horreur de la guerre dépasse les frontières.