Avec «Faites le mur», Banksy brouille les pistes

CINEMA Le premier film de l'artiste sort sur les écrans...

Elodie Drouard

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Banksy interviewé dans son film Faites le mur.
Banksy interviewé dans son film Faites le mur. — BANKSY

Qui se cache derrière Banksy, mystérieux artiste parvenu en quelques années à transposer l’art de la rue dans les musées? Ceux qui espéraient obtenir la réponse en visionnant son film sur les écrans ce mercredi seront déçus. Faites le mur (Exit Through The Gift Shop en VO) ne dévoile rien sur la star anonyme. En apparence. Car cet étrange objet, entre documentaire et fiction est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Certes, Banksy nous offre une superbe anthologie du street art. Où l’on découvre, embedded avec Shepard «Obey» Fairy et Invader, le quotidien nocturne de ces poètes des temps urbains. Mais pas que.

>> Quelques oeuvres de Banksy en images ici...
 
Faites le mur narre les aventures de Thierry Guetta, un Français immigré à Los Angeles, passionné de vidéo et de graff qui rêve de rencontrer son inaccessible idole, Banksy. Après avoir accumulé des milliers d’heures de films prétextant la réalisation d’un documentaire sur le street art, cet étrange personnage un poil fêlé du bocal finit par arriver à ses fins. Mais navré par le film que lui présente Guetta, Banksy lui conseille alors de devenir lui-même un street-artist et lui propose de devenir le sujet de son film, jugeant son personnage beaucoup plus intéressant que lui. Guetta devient alors Mr. Brainwash et ne tarde pas à connaître un large succès commercial en s’inspirant (pompant?) allègrement ses modèles. Au grand dam de Banksy qui se désole d’avoir suscité une telle créature...

Documentaire ou fiction?
 
A l’issue du visionnage, on en oublierait presque Banksy tant on se pose de questions sur ce fantasque Mr Brainwash alias MBW. Il possède une page Wikipédia, un site Internet, et sa large rétrospective montrée dans le film a bien eu lieu. On lui doit même la pochette de l’album Celebration de Madonna. Pas de doute, il existe bel et bien un «artiste» affublé de ce pseudonyme. Mais cette incroyable success story n’est-elle pas trop belle pour être vrai? Se pourrait-il que Mr Brainwash soit à l’art ce que Borat est au journalisme?
 
Sorti aux Etats-Unis et au Royaume-Uni au printemps dernier, Faites le mur a été unanimement salué par la critique pour sa richesse documentaire et son humour. Il a surtout fait émerger une drôle de question: Mr Brainwash et Banksy sont-ils une seule et même personne? Banksy aurait-il créé un double maléfique phagocyté par le capitalisme afin de se moquer des collectionneurs prêts à débourser des sommes folles pour des ersatz d’art? Une hypothèse non partagée par certains qui défendent un scénario trop absurde et un propos trop ironique pour n’être qu’une nouvelle pirouette de Banksy.

Le Warhol du 21e siècle
 
Mais alors qui est Banksy? Un «art-terrorist» dénonçant la société capitaliste? Un provocateur au pochoir? Un révolutionnaire masqué? Certes. Comme la plupart des acteurs de la scène artistique dont il est issu. Mais, sous couvert d’une gentille farce, Faites le mur nous révèle surtout le désarroi d’un artiste dépassé par son succès. Banksy a fini par engendrer un monstre que l’on s’arrache, une sorte de Warhol du 21e siècle adulé par Brad Pitt et Christina Aguilera. Faites le mur n’est pas un documentaire. C’est un film satyrique sur les dérives du marché de l’art. Et l’autoportrait schizophrène d’un artiste incompris. Ou pas.