« Buried », enterrement de première classe

Caroline Vié

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Ryan Reynolds est enterré dans un cercueil. Il a 1 h 30 pour essayer d'en sortir.
Ryan Reynolds est enterré dans un cercueil. Il a 1 h 30 pour essayer d'en sortir. — DR

Passer 1 h 30 entre quatre planches, voilà ce que propose Rodrigo Cortès avec Buried, son premier film récompensé par la critique au festival de Deauville. Le réalisateur enferme le spectateur dans un cercueil, en compagnie d'un camionneur américain, enlevé en Irak. Un téléphone portable, une lampe électrique et un stylo sont les seuls accessoires dont dispose Ryan Reynolds, ici dans son premier grand rôle après avoir joué les potiches au masculin dans La Proposition avec Sandra Bullock.

Angoisse, répulsion, espoir
Quiconque a eu le souffle court en voyant Uma Thurman enterrée vive dans Kill Bill connaîtra cette sensation multipliée par cent dans Buried. « Je joue à quitte ou double avec le public, précise Rodrigo Cortés. Il peut rentrer dans la logique de mon film ou le rejeter en le trouvant invraisemblable. »
La maestria du réalisateur pour exploiter ce décor unique et minimaliste s'appuie sur un scénario diabolique. « Il était important que le héros passe par toutes sortes de sentiments afin que l'on puisse s'identifier à lui », dit Cortés. Les démêlés téléphoniques de la victime avec les administrations font rire ou frissonner par leur absurdité.
Au fil des heures, on éprouve tour à tour angoisse, répulsion, espoir… « Tout était une question de dosage des effets », insiste le réalisateur qui teinte ce thriller d'un message politique en insistant sur le fait que le ravisseur n'est pas un terroriste. « Victime et bourreau sont animés par le besoin de faire vivre leur famille », dit-il. Le suspense va crescendo et la fin, retorse, « me semble correspondre à celle que le spectateur souhaite profondément », s'amuse Cortés. Un cinéaste aussi doué que malicieux.