Alain Bergala: «Les blondes sont en perte de vitesse»

INTERVIEW Alain Bergala, commissaire de l'exposition «Brune Blonde» à la cinémathèque, analyse la chevelure au cinéma pour 20minutes.fr...

Propos recueillis par Charlotte Pudlowski
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Mulholland Drive, David Lynch, 2001
Mulholland Drive, David Lynch, 2001 — © StudioCanal

La peinture, la poésie, l’art en général a toujours porté beaucoup d’importance à la chevelure féminine. Comment le cinéma a renouvelé le regard porté sur la chevelure?
Avant le cinéma, la chevelure ne bougeait pas, et tout à coup, elle devient mouvante. La transformation de la femme est parfois un thème à part entière dans le cinéma, comme chez Hitchcock ou Lynch, et cette transformation passe très souvent par la transformation de la chevelure. C’est un motif de mise en scène qui permet au cinéaste de désigner qui est la femme sage, la «bad girl»...

Comment les cheveux font-ils cette différenciation?
Jusqu’aux années 30, la femme sage était la femme blonde, et la tentatrice était brune. Les cheveux noirs étaient signe d’attaque. Quand Hollywood a imposé l’image de la blonde, cela s’est inversé à 180°, soudainement la tentatrice devient blonde. C’est sans doute Jean Harlow, dans La Blonde Platine, qui représente cette image pour la première fois, et c’est resté. Dans les cas de rivalité amoureuse, on a ainsi pu se faire une idée de qui représentait quel rôle indépendamment des dialogues, juste grâce à la chevelure.

Cette évolution était-elle liée à une évolution dans la société?
Oui, à la même époque, les marques de cosmétiques proposaient des teintes decheveux. Hollywood n’aurait jamais pu proposer le modèle de la blonde si les colorations n’avaient pas pu exister, et que les femmes ne puissent s’identifier aux stars en se décolorant elles-mêmes. Les cosmétiques ont suivi de près le cinéma. L’un n’a pas engendré l’autre, mais il y a eu une évolution simultanée.

Aujourd’hui, où en est-on de l’image de la brune et de la blonde?
Tout est un peu brouillé. Dans un film comme Vicky Cristina Barcelona [de Woody Allen], la blonde est en fait la sage. C’est souvent ce qui se passe désormais quand les cinéastes contemporains se servent du mythe pour s’en amuser. James Grey, dans Two Lovers, le fait comme Woody Allen. D’autres comme Tarantino sont dans une imagerie plus retro, donc conservent les rôles classiques de blonde et de brune.

Aujourd’hui la blonde est devenue bête
C’est l’usure des mythes. Mais surtout les blondes sont en perte de vitesse avec la montée de la Chine,  de l’Amérique latine... Des pays où il n’y a quasiment pas de blondes. Les L’Oréal girls par exemple ne sont plus les blondes classiques hollywoodiennes. L’économie et la politique agissent sur les modèles.

Et les rousses dans tout ça?
Avant  le technicolor, être roux ou non ne se voyait pas, il fallait que le scénario le souligne. Avec le technicolor, on a pu commencer à se servir de cette couleur. La mythologie très ancienne qui perçoit la rousseur comme un symbole de feu, de sorcellerie, traîne encore dans certains scénarios. Mais beaucoup d’actrices rousses ne sont pas du tout définies par leur couleur de cheveux: ni Isabelle Huppert, ni Julianne Moore ne jouent spécifiquement des rousses au cinéma.

>> Voir notre diaporama sur l'exposition...

L'exposition «Brune Blonde» se tient du 6 octobre au 16 janvier 2011 à la cinémathèque.