Mostra de Venise: Jafar Panahi, «emprisonné mentalement»

IRAN Le cinéaste a certes été libéré de prison mais il n'a plus le droit de faire des films...

C.P.

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Le réalisateur iranien Jafar Panahi, le 17 février 2006 à Berlin.
Le réalisateur iranien Jafar Panahi, le 17 février 2006 à Berlin. — Arnd Wiegmann / REUTERS

Pendant le festival de Cannes, le cinéaste Jafar Panahi, qui devait être juré, avait été remplacé par un petit panneau de carton, donnant son nom. Ce petit panneau de carton rendait son absence béante. Panahi était emprisonné en Iran, pour avoir fait des films qui ne plaisaient pas au pouvoir.
 
Il a depuis été libéré physiquement, mais pas mentalement. Privé de passeport, il n'a pu se rendre à la présentation de son film mercredi au festival de Venise, et a délivré un message, lu au public avant la projection.
 
«On m'interdit de faire des films depuis cinq ans. Quand un réalisateur n'est pas autorisé à faire des films, il est emprisonné mentalement. Il n'est peut-être pas confiné dans une petite cellule, mais il erre cependant dans une prison plus grande», écrit le cinéaste.
 
Un film «contre le régime»

Le crime de Jafar Panahi - arrêté le 1er mars dernier et libéré fin mai - était d’avoir «préparé un film contre le régime portant sur les événements post-électoraux», selon le ministère iranien de la Culture, c’est-à-dire d’avoir évoqué les manifestations réprimées dans le sang, après la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009.
 
Partout, en Iran y compris, le monde du cinéma s’était insurgé, et avait témoigné son soutien à Panahi. «Je crois que tous les soutiens que j'ai reçus venaient d'individus et d'organisations qui croient fermement au cinéma et au droit des cinéastes à la liberté d'expression. Espérons qu'un jour les gouvernements du monde partageront cette croyance», conclut le réalisateur.
 
Son procès doit débuter fin septembre. Une pétition a été lancée jeudi pour son soutien.