Recette pour le rêve parfait au cinéma

VIDEORAMA «Inception» est sorti cette semaine. Le film de Christopher Nolan met en scène un voleur de rêve et s'inscrit dans la tradition de l'évocation du rêve dans les salles obscures...

Charlotte Pudlowski

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Inception, de Christopher Nolan, avec Leonardo Dicaprio, 2010
Inception, de Christopher Nolan, avec Leonardo Dicaprio, 2010 — DR.

Pour un beau rêve au cinéma, choisissez bien votre directeur artistique. Alfred Hitchcock, dans La Maison du docteur Edwards, en 1945, prend Salvador Dali pour superviser la scène de rêve de son héros amnésique qui croit avoir tué son père. (Vous aussi, vous pouvez avoir Dali pour diriger votre rêve: puisque c’est un rêve).
 
Il faut aussi que vous mettiez des nuages et des éléments féeriques. Complètement féeriques et incongrus. Dans La Science des rêves, de Michel Gondry, il y a des nuages en coton, un cheval en feutre et un volcan en carton. Il y a une machine à remonter le temps en plastique et des écrans vidéo. Dans Alice aux Pays des Merveilles, il y a un chat qui sourit, un chapelier toqué, des gâteaux qui font grandir, et des flamands roses pour jouer au hockey. Et puis il y a Johnny Depp. Mettre Johnny Depp dans un rêve, ça aide toujours pour le côté merveilleux.

 

Si vous êtes d’humeur plus sombre, que vous avez envie de cauchemar, mettez des animaux effrayants et humanoïdes. Comme le lapin dans le meilleur cauchemar qui soit: celui de Donnie Darko, dans le film éponyme de Richard Kelly. Et donnez aux personnages qui vous entourent des allures lascives, des démarches lentes, dont les gestes sont d’autant plus inquietants. Comme ce même Donnie quand il est en proie à ses transes, comme Marla dans Fight Club (Helena Bonham Carter qui joue aussi dans Alice au Pays des Merveilles).
 


Pour bien réussir votre rêve, il faut que vous -ou le héros de votre rêve- ne soyez pas trop sûr de vous. Pour ne jamais savoir s’il s’agit ou non d’un rêve. Pour que vous pensiez que peut-être vous devenez dément(e) – ou que le monde ne tourne plus rond. Cette incertitude est cruciale (comme dans les vrais rêves lorsque vous vous dites, en plein sommeil, «mais je sais que ce n’est pas un rêve»). Cette fragilité est fondamentale (d’où le rapprochement si fréquent entre rêve et folie) et mise en place par Kelly dans Donnie Darko, par Scorsese dans Shutter Island, par David Fincher dans The Game
 

 La fin de votre rêve doit être brusque, comme lorsque vous vous redressez soudainement en sueur dans votre lit. Comme quand vous achevez Fight Club, Mullholand Drive, Shutter Island… Et que vous vous dites «Ah! C’était un rêve!»