Mel Gibson: descente aux enfers

CINEMA La star américaine est passée du jeune héros éméché au monstre d'Hollywood. Il lui aura fallu un demi-siècle...

Charlotte Pudlowski

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Mel Gibson à Hollywood, le 26 janvier 2010
Mel Gibson à Hollywood, le 26 janvier 2010 — M. GIULIO/SIPA

L’évolution a été lente, mais Mel Gibson y a travaillé par étapes, sans laisser au public la possibilité de se tromper. Depuis plusieurs semaines, les démêlés qui l’opposent à sa femme, les accusations de violence, sont l’acheminement d’une longue érosion de son image.
 
Tout commence sans doute, sinon au berceau, au moins en 68, lorsque le petit Mel a 12 ans et que la famille quitte les Etats-Unis pour l’Australie. Elle veut protester contre la guerre du Vietnam – et surtout faire en sorte que les enfants échappent à la conscription et à la décadence des années 60. Les seins nus et les gros pétards, très peu pour Hutton Gibson, père de la maison. Ce père est un négationniste pur et dur, le genre à dire, incrédule: «Il faut un litre de pétrole pour anéantir un corps dans un crématorium. Alors six millions de Juifs?»  Mais tout ça, le public l’ignore longtemps, et n’a aucune raison de s’en soucier. Tout ce que l’on connaît de Mel Gibson, qui commence sa carrière à 20 ans en jeune premier, c’est qu’il est (extrêmement) fervent catholique. Mais au pays où Dieu vous intime de croire en lui chaque fois que vous passez à la caisse d’un magasin...
 
Mel Gibson a aussi longtemps été perçu comme un jeune acteur un peu imbibé. Il dit avoir commencé à boire à 13 ans. En 1984, sa première arrestation pour conduite en état d'ivresse à Toronto, l’incita à se retirer en Australie pendant un an. De beuveries en cures de désintoxe, le public a suivi ses frasques, mais Hollywood lui prêtait une réputation de professionnalisme. Et depuis quand s’autodétruire nie vraiment au bien public? D’autant que mel Gibson joue de cette image dans son personnage de l’arme fatale.

Homophobie

Et puis est venue l’époque de la réalisation. Et celle des dérapages publics. 1991: deux ans avant qu’il ne réalise L’Homme sans visage, survient sa première sortie de route mémorable, sur les homosexuels, dans une interview à El Pais. Pour expliquer ce qu’il pense des homosexuels, il explique qu’«ils se prennent par derrière» (et de mimer) «parce que c’est là qu’est la merde». Sa saillie n’est pas très bien vue, c’est le début de sa descente aux enfers, mais la proposition 8 est encore loin de la Californie, et finalement, le silence recouvre l’offense.  
 
Surtout, quelques films maintiennent son image. Dans Le Patriote, il incarne ce bon Benjamin Martin, veuf qui élève seul ses sept enfants
, ancien héros de l’indépendance américaine, qui a recours à la violence à contre-cœur, et seulement pour préserver sa famille… La comédie Ce que veulent les femmes rajoute une couche de paillettes à son image. Un type capable de se mettre du vernis et d’enfiler des collants ne peut pas être tout à fait odieux.
 
Antisémitisme

Le vrai tournant, c’est la sortie de La passion du Christ, en 2004. Parce que le discours dérangeant est dans le film, plus seulement dans les magazines people. Le film est taxé d’antisémitisme notamment par les instances juives américaines.
 
Si le caractère antisémite du film est discuté, l’antisémitisme de Mel Gibson lui-même est bientôt avéré. «Ces putains de Juifs, déclare-t-il en 2006. Les Juifs sont responsables de toutes les guerres du monde
 
Violence

Ceux qui, à Hollywood, excusaient ses remarques (et il se trouvait toujours un ami juif pour nier son antisémitisme) ont souvent été achevés par les derniers tourments conjugaux de Mel Gibson. Son image de père modèle d’une fammille très nombreuse en prend un coup quand la presse révèle ses infidélités, puis son divorce. Cela ne s’arrange pas avec sa nouvelle épouse, Oksana Grigorieva. Il l’aurait donc battue, menacée, selon les magazines, les enregistrements qu’elle a fournis. «Si tu te fais violer par une bande de nègres, ce sera ta faute, parce que tu l'auras provoqué», entend-t-on sur les bandes. Ou encore: «Je vais venir et brûler cette putain de maison…mais tu vas me sucer d’abord» «Quel genre d'homme es-tu, pour frapper une femme qui porte un enfant dans ses bras et pour lui casser les dents à deux reprises ?» Ce à quoi l'acteur répond: «Ah, tu es en colère maintenant! Tu sais quoi? Tu le méritais amplement». 
 
Fin de carrière

Son image semble définitivement ternie. Violent, raciste, antisémite : pas évident de lui trouver un rôle dans lequel le public le trouve crédible, ou ne refuse de voir parce qu’il est dedans. Un risque financier donc, pour tout producteur. Sans compter que son dernier film, Edge of Darkness, a été un échec, sur le plan des critiques comme sur le plan financier.
 
Selon le Daily Mail, l'acteur s'apprêterait à gagner l'Australie pour fuir tout ce tapage. Il semblerait même qu'il se soit déjà séparé de sa résidence new-yorkaise et que sa villa de Malibu soit actuellement sur le marché. Tout Hollywood le dit fini. Une fin de carrière tonitruante.

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