Bill Murray suit ses amours passées

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Drôle, sensible, intelligent, Broken Flowers, de Jim Jarmusch a tenu toutes ses promesses. L’histoire est simple : un célibataire endurci (Bill Murray) reçoit une lettre lui annonçant qu’il est le père d’un garçon de 19 ans. Qui a écrit la lettre ? Mystère que l’homme, au départ incrédule, finira par vouloir percer en retournant sur les traces de ses anciennes conquêtes... Au début c’est amusant et parfois même très drôle (ah, le regard de Bill Murray étonné de se réveiller dans les bras de Sharon Stone...), puis l’intrigue a la bonne idée de se teinter d’un zeste de nostalgie, voire d’une profonde amertume. Ce fond de gravité fait de Broken Flowers un sérieux prétendant à la Palme d’or. A défaut, Bill Murray ne volerait pas un prix d’interprétation. « C’est la deuxième fois que je viens à Cannes. Mais la première, il pleuvait, ça ne comptait pas. » Dans la vie, l’acteur joue à ressembler à ses personnages : même air de chien battu, même sourire flegmatique et même attitude revenue de tout. « Je suis pourtant anéanti par ce que me disent mes partenaires dans le film. C’est difficile de faire face à son passé : on est touché par le mal qu’on a pu faire, mais aussi par l’amour qu’on a pu donner. » Lui est-il arrivé d’essayer de retrouver un ancien amour ? « Oui, mais l’important, c’est qu’on a tous en tête quelqu’un à qui on n’a pas suffisamment donné sa chance. » Ce rapport au passé constitue un lot de regrets et de sentiments universellement partagés, surtout quand approchent la cinquantaine et la crise qui va avec... « Attendez que j’arrive à cet âge ! J’ai bien quelques crises de temps en temps, mais elles ne sont pas liées à mes années. Plutôt à des abus de toute sorte... » Stéphane Leblanc