Oncle Boonmee: « J'ai moins besoin d'argent que de liberté » estime Apichatpong Weerasethakul

INTERVIEW « En la glissant là, j'espère qu'elle ne va pas se casser. » Le cinéaste ­Apichatpong Weerasethakul rentrait ce lundi après-midi en TGV vers Paris avec une Palme d'or dans ses bagages

Propos recueillis par Stéphane Leblanc
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Le cinéaste Apichatpong Weerasethakul.
Le cinéaste Apichatpong Weerasethakul. — A.-C. POUJOULAT / AFP

« En la glissant là, j'espère qu'elle ne va pas se casser. » Le cinéaste ­Apichatpong Weerasethakul (Blissfully Yours, Tropical Malady...) rentrait hier après-midi en TGV vers Paris avec, dans un petit bagage à main, la palme d'or décernée la veille par le jury de Tim Burton pour son film Oncle Boonmee. Le Thaïlandais se confie dans un entretien privilégié pour 20 Minutes.

Le verdict du jury vous a surpris ?
Evidemment. Jamais je ne me serais attendu à une telle reconnaissance pour un film aussi personnel.

Qu'est-ce qui, selon vous, a séduit le jury dans Oncle Boonmee ?
Je l'ignore, mais ça montre que le sujet de mon film – la vie après la mort – a suscité attachement et curiosité.

Cela va-t-il changer quelque chose à votre carrière ?
Un jour, un ami m'a proposé l'équivalent d'un million d'euros pour faire un film d'action à Bangkok. C'était une blague, bien sûr. En fait, j'ai moins besoin d'argent que de liberté. Heureusement, mes sujets sont personnels. Mais si j'abordais des sujets sensibles, comme la religion ou la politique, là, ça deviendrait délicat. Surtout vu la crise politique intense que traverse mon pays.
Le film parle de réincarnation. Vous-même, vous y croyez ?
Oui, d'une certaine façon. Je vois cela comme une possibilité. Il y aurait besoin d'une approche plus scientifique, moins propre à la culture bouddhiste, mais ces questions nous concernent tous.

Comment votre Palme d'or a-t-elle été reçue en Thaïlande ?
C'est un peu tôt pour en prendre la mesure. Mais j'ai déjà beaucoup d'interviews de prévues. Le gouvernement va en profiter pour se faire de la publicité. Et moi, je compte bien utiliser la voix qui me sera donnée pour contribuer au progrès de notre industrie du cinéma et pour œuvrer en faveur de la liberté d'expression.

Après Oncle Boonmee, travaillez-vous déjà sur de nouveaux projets ?
Je prépare actuellement un court métrage pour Arte et un documentaire sur Donald Richie, un écrivain américain qui m'intéresse pour son rapport à la culture et au cinéma japonais.

palmarès, un bon scénario pour les français

Avec un grand prix, l'interprétation féminine, la mise en scène et la palme d'or du court-métrage, le cinéma français est à la fête. Xavier Beauvois, Juliette Binoche, Mathieu Amalric et Serge Avedikian sont rejoints par Lee Changdong au scénario, Javier Bardem et Elio Germano comme acteurs, et par le Tchadien Mahamat Saleh Haroun pour le prix du jury, dans un palmarès qui privilégie les relations intimes aux grands sujets d'actualité.