Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a reçu la palme d'or pour son film «Mon oncle Boonmee» lors du 63e festival de Cannes, le 23 mai 2010.
Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a reçu la palme d'or pour son film «Mon oncle Boonmee» lors du 63e festival de Cannes, le 23 mai 2010. — FRANCOIS GUILLOT/AFP

CINEMA

Cannes 2010: Apichatpong Weerasethakul ne s'attendait pas à «une telle reconnaissance pour un film aussi personnel»

Le réalisateur thaïlandais, Palme d'or à Cannes pour son film «Mon oncle Boonmee», s'est confié en exclusivité à 20 Minutes...

Recueilli par notre envoyé spécial à Cannes


Quelle surprise de se retrouver assis à quelques rangées de sièges d’Apichatpong Weerasethakul dans le train du retour vers Paris. L’homme est affable, souriant. Sa Palme d’or soigneusement rangée dans un petit bagage à main qu’il dépose derrière nous. «J’espère qu’elle ne va pas se casser», confie-t-il, pas trop rassuré. Ce serait dommage en effet.

Comment avez-vous dormi la nuit dernière?

Très bien, sans rêve. J’étais épuisé.

Le verdict du jury vous a-t-il surpris?

Evidemment. Etre en compétition à Cannes, c’est déjà une récompense. Alors quand on m’a demandé d’assister à la soirée de clôture, et à mesure qu’on se rapprochait de l’annonce de la palme, je devenais de plus en plus nerveux: j’ai pris conscience que l’incroyable pouvait se produire. Malgré tout, je ne m’attendais pas à une telle reconnaissance pour un film aussi personnel.

Qu’est-ce qui a séduit le jury selon vous?

Je l’ignore, mais ça montre que le sujet de mon film, la vie après la mort, a suscité attachement et curiosité.

Est-ce que cela va changer quelque chose à votre carrière? Hollywood risque de vouloir vous recruter…

Vous croyez? Ça me ferait rire. Un jour, un ami m’a proposé l’équivalent d’un million d’euros pour faire un film d’action à Bangkok. C’était une blague, bien sûr. Mon travail est personnel et il ne coûte pas autant d’argent. Ce dont j’ai besoin, c’est uniquement de liberté.

Comment parvenez-vous à faire des films aussi peu commerciaux en Thaïlande?

Ce n’est pas difficile parce que je bénéficie de nombreux soutiens internationaux. En Thaïlande, tant que je ne réclame pas d’argent, personne ne me dit rien. Si j’abordais des sujets sensibles, comme la religion ou la politique, là, ça deviendrait délicat. Surtout vu la crise politique intense que traverse le pays actuellement.

Vous n’abordez pas la religion, mais quand-même la réincarnation. Vous y croyez?

J’y crois d’une certaine manière. Du moins, je vois ça comme une possibilité. Il y aurait besoin d’une approche plus scientifique, moins propre à la culture bouddhiste, mais ces questions nous concernent tous.

Comment votre palme d’or a-t-elle été reçue en Thaïlande?

C’est un peu tôt pour en prendre la mesure. Mais j’ai déjà beaucoup d’interviews prévues. Je pense que le gouvernement va reconnaître ce succès, enfin surtout la publicité que ça va leur faire. En tout cas, je compte bien utiliser la voix que ce prix va me donner auprès des gens pour contribuer au développement de notre industrie du cinéma et améliorer la liberté d’expression.

Va-t-on vous demander de devenir ministre de la Culture?

Je ne crois pas. Et même si on me le demande, je ne suis pas intéressé.

Travaillez-vous déjà sur de nouveaux projets?

Oui, sur plusieurs en même temps. Notamment un court-métrage pour Arte et un documentaire sur Donald Richie, un auteur américain qui m’intéresse pour sa relation au Japon et au cinéma japonais.