Cannes 2010: «Le même effet que "2001 l'Odyssée de l'espace"» pour Emmanuel Carrère

CINEMA L'écrivain et réalisateur membre du jury livre ses impressions sur le festival...

Envoyée spéciale à Cannes, Stéphane Leblanc
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L'écrivain et réalisateur français Emmanuel Carrère membre du jury du Festival de Cannes 2010, le 12 mai 2010.
L'écrivain et réalisateur français Emmanuel Carrère membre du jury du Festival de Cannes 2010, le 12 mai 2010. — GUILLAUME HORCAJUELO/EPA/SIPA

Recueilli par notre envoyé spécial à Cannes


Le jury a mis du temps pour concocter son palmarès. «On a terminé avec une heure et demi de retard, confirme l’écrivain et réalisateur Emmanuel Carrère. Tim Burton est un grand timide. Et sa timidité nous a tous donné à tous une confiance immense. Si bien qu’on a très vite éprouvé beaucoup de plaisir à discuter ensemble dans la confiance et le respect, même quand on n’était pas d’accord.»

Comment le choix de la palme s’est-il porté sur «Oncle Boonmee»?

Il n’y a pas eu unanimité autour du film d’Apichatpong Weerasethakul, mais quand-même une majorité massive. Ce film est un trip. On peut rester à l’extérieur, mais si on rentre dedans, le voyage est extraordinaire. Personnellement, j’en suis sorti admiratif, mais dérouté. L’un d’entre nous m’a dit «ce qui te gêne, c’est que c’est trop simple». Un autre a comparé l’effet du film a celui que lui avait procuré 2001 l’Odyssée de l’espace. On ne peut que se laisser convaincre par ce genre d’arguments.
 

N’avez-vous pas tenu compte de l’absence de potentiel commercial du film?

Non, ce n’était pas un argument.


Ressentez-vous, malgré tout, le poids de votre responsabilité?

Bien sûr. Je gambergeais toutes les nuits, à me faire des palmarès dans la tête. Le dernier soir, j’ai pris un comprimé de Lexomyl pour dormir, c’était comme si j’avais pris de la cocaïne.


Avez-vous été sensibles aux différentes polémiques qui ont éclaté au cours du festival?

Non, pas du tout. On a juste parlé de la situation du réalisateur iranien Jafar Panahi, du fait de son absence à nos côtés dans le jury. Sinon, on était invités à lire la presse le moins possible.


Saviez-vous qu’Another year, de Mike Leigh, était le film le plus apprécié sur la Croisette?

C’est vrai? Nous aussi, on a bien aimé ce film.


Pourtant, il ne figure pas au palmarès. L’absence de prix pour certains films vous laisse-t-elle des regrets?

Bien sûr. Chacun de nous a un regret. Le mien, c’est Mon bonheur, de l’ukrainien Sergueï Loznitsa, un film extraordinairement étrange. S’il n’a rien obtenu, au moins a-t-il été défendu. Si bien que je n’en garde aucune amertume.