Festival de Cannes: le jury garde ses mystères

CINEMA Le jury n'a pas souhaité s'étendre sur son fonctionnement, même si Emmanuel Carrère a précisé qu'il aurait adoré en faire un roman...

Bérénice Dubuc

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Alberto Barbera, Shekhar Kapur, Tim Burton, Giovanna Mezzogiorno, Victor Erice, Emmanuel Carrere, Alexandre Desplat, Kate Beckinsale et Benicio Del Toro arrivent à la cérémonie de clôture du Festival de Cannes, le 23 mai 2010.
Alberto Barbera, Shekhar Kapur, Tim Burton, Giovanna Mezzogiorno, Victor Erice, Emmanuel Carrere, Alexandre Desplat, Kate Beckinsale et Benicio Del Toro arrivent à la cérémonie de clôture du Festival de Cannes, le 23 mai 2010. — AFP PHOTO / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

De notre envoyée spéciale à Cannes

Pas un mot n’a filtré. Comme tous les ans, pendant toute la durée du Festival, on n’aura pas entendu les jurés - les comédiens Benicio Del Toro, Giovanna Mezzogiorno Kate Beckinsale, le réalisateur Victor Erice, de l'écrivain Emmanuel Carrère et le musicien Alexandre Desplat - et leur président Tim Burton.

Réticences à expliquer leur fonctionnement

Car la tradition veut que le jury du plus grand festival de cinéma au monde garde secret son fonctionnement, forcément différent chaque année, selon la personnalité de son président et de ses membres. Ainsi, l’année dernière, Isabelle Huppert avait dirigé «son» jury d'une main de fer, même si, ses jurés l’avaient souligné, les débats étaient démocratiques. Cette année, la rumeur voulait qu’à l’inverse, Tim Burton n’ait pas été un président très présent, et que l’un des jurys, l’acteur et réalisateur indien Shekhar Kapur, en aurait profité pour faire entendre sa petite musique.

Tim Burton s’est pour le moins montré très réticent à expliquer le fonctionnement de son jury, indiquant simplement que tous étaient «cinéphiles» et avaient «tenté de garder un esprit d’humilité, sachant à quel point il est difficile d’être jugé par ses pairs». Egalement peu bavards sur leurs critères de sélection, les jurés ont simplement indiqué dimanche soir que les prix avaient été remis après un vote basé sur une discussion collective assez longue. Avec humour, le président a d’ailleurs expliqué que, s’il portait des lunettes ce soir, c’est à cause de l’œil au beurre noir récolté lors des débats qui ont eu lieu cet après-midi, à huis clos, dans la villa du peintre Jean-Gabriel Domergue, sur les hauteurs de Cannes.

«Une expérience unique, proche de la téléréalité»

Tim Burton a précisé que «chaque juré a un favori qui n’a pas été primé», et Kate Beckinsale que «le débat a été long, mais au final tout le monde est content de ce palmarès, même s’ils auraient voulu multiplier les prix pour pouvoir récompenser chaque film». L’écrivain Emmanuel Carrère a pour sa part regretté de ne pouvoir coucher cette expérience sur papier. «C’est terriblement tentant de raconter dans le détail ce qui s’est passé pendant le Festival. Il faudrait écrire un roman sur cette expérience unique, proche de la téléréalité, où 9 personnes sont mises dans un contexte et une situation particulière, à voir des films et en parler.»

Seule constante au fil des ans qui s’est encore vérifiée cette année: le palmarès du jury est toujours à contre-pied des pronostics effectués par les critiques et journalistes présents à Cannes. Favoris pour la Palme d’Or 2010, Mike Leigh (Another Year), Alejandro Gonzalez Iñarritu (Biutiful) et Xavier Beauvois (Des hommes et des Dieux) se sont fait coiffer sur le poteau par Apichatpong Weerasethakul et son Oncle Boonmee. Mais il fallait s’y attendre: qu’attendre d’autre de Tim Burton que le sacre d’un film qui parle de l’imminence de la mort, et fait la part belle aux fantômes et autres revenants?