Un palmarès sorti d'une pochette-surprise

CANNES 2010 Apichatpong Weerasethakul palme d’or, Mike Leigh recalé, le jury a transigé en faveur de films «capables de surprendre»...

A Cannes, Stéphane Leblanc
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Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a reçu la palme d'or pour son film «Mon oncle Boonmee» lors du 63e festival de Cannes, le 23 mai 2010.
Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a reçu la palme d'or pour son film «Mon oncle Boonmee» lors du 63e festival de Cannes, le 23 mai 2010. — FRANCOIS GUILLOT/AFP

De notre envoyé spécial à Cannes

Apichatpong Weerasethakul, Mathieu Amalric, Mahamat-Saleh Haroun. Point commun entre ces trois cinéastes primés? Ce sont des auteurs de films «qu’on n’avait jamais vu ailleurs», s’enthousiasme Tim Burton. «Or ce qu’on aime au cinéma, c’est être surpris, non?»

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C’est pour cette raison, et sans doute aussi pour la présence de fantômes en forme de singes aux yeux rouges, qu’on prédisait la possibilité de voir Oncle Boonmee couronné d’or. C’est une bonne nouvelle pour le cinéaste thaïlandais, et une juste récompense vis-à-vis de son œuvre, audacieuse et fulgurante. Ses films sont d'ailleurs toujours primés dans les grands festivals, preuve qu’ils impressionnent. Mais le revers, c’est que palmer un film qui tient plus de l’expérience sensorielle que du récit fédérateur renforce l’image élitiste d’un festival qui cherche à juste titre à s’en dépêtrer.

Le public va adorer ce film

Beaucoup d’observateurs jugent qu’il aurait sans doute été plus judicieux d’inverser Palme et Grand prix au bénéfice du film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux: un film superbe, sur un sujet difficile. Le public va adorer ce film et le festival en serait sorti grandi.

L’absence de surprise est sans doute le défaut d’Another Year, de Mike Leigh. Une comédie grave et légère, pas très originale sur le fond, mais rondement menée et qui avait recueilli l’adhésion de la majorité des festivaliers. Comme souvent, l’humour n’a pas payé. A contrario, le choix des acteurs est curieusement on ne peut plus consensuel. Ce sont des «performances» qui ont été récompensées, comme l’a précisé Tim Burton: celle de Juliette Binoche dans Copie conforme, de Javier Bardem dans Biutiful, d’Elio Germano dans La Nostra Vita. Peut-être pas les incarnations les plus subtiles de l’histoire du cinéma, mais au moins les acteurs dont la présence à l’image était la plus forte. Des visages et des corps dont on se souviendra longtemps.