Une leçon pour découvrir Marco Bellocchio

CANNES Le réalisateur italien s'est tant livré au cours de sa leçon de cinéma qu'on cerne mieux son oeuvre...

Bérénice Dubuc

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Le réalisateur italien Marco Bellocchio parle lors de la Leçon de Cinéma du 63e Festival de Cannes, le 19 mai 2010.
Le réalisateur italien Marco Bellocchio parle lors de la Leçon de Cinéma du 63e Festival de Cannes, le 19 mai 2010. — AFP PHOTO / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

De notre envoyée spéciale à Cannes

Au Festival de Cannes, on peut aussi apprendre à faire du cinéma. Ou plutôt, apprendre comment un maître en la matière fait son cinéma. Comment? En assistant à la «Leçon de cinéma» qui, depuis sa création en 1991, a déjà été donnée par de grands noms, tels que Martin Scorcese, Quentin Tarantino, les frères Dardenne, ou encore Nanni Moretti. Cette année, c’est le réalisateur du Diable au corps, Marco Bellocchio, que les festivaliers sont venus écouter, en français dans le texte.

«Grande introspection»

Et s’il se demandait encore cet après-midi ce qu’il allait bien pouvoir raconter, Thierry Frémeaux, délégué artistique du Festival, a eu tôt fait de l’éclairer: le cinéaste est là pour «se livrer à une grande introspection» de son parcours et de son œuvre. Car si cette heure et demie de cinéma s’intitule «leçon», ce n’est pas pour professer une quelconque vérité cinématographique, mais plutôt pour revenir sur le cheminement du cinéaste, de découvrir ce qui, aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle, l’a incité à tourner de telle façon.

Un moment d’intimité en public donc, où le réalisateur, assis sur la scène, se livre, guidé par les questions du critique de cinéma Michel Ciment. Pendant une heure et demie, Marco Bellocchio confessera avec humour avoir délaissé la peinture – sa première passion – pour la mise en scène, «de peur d’être trop seul» et que cette solitude le rende fou, ou encore que cette fibre artistique le mène à s’adonner aux dessins préparatoires plutôt qu’aux story-boards – il dit ne pas être «assez patient pour les terminer» et que ça «l’amuse en attendant que les producteurs veuillent bien financer son film.

Humour et confidences

Il racontera également comment il a suivi une année de formation d’acteur au Centre du Cinéma Expérimental de Rome, avant de se tourner vers la mise en scène, puis son choix de partir pour Londres et la Slade School of Fine Arts, où il a «découvert beaucoup de choses, mais pas les Beattles ou les Stones». C’est là qu’il a écrit son premier scénario, celui des Poings dans les poches, se disant: «Il faut que je fasse quelque chose pour découvrir ce que je suis.» Dans la même veine, qu’il a lui-même choisi d’aller au collège et au lycée chez les Barnabites, préférant leur froideur au malaise qu’il ressentait en famille.

Toutes ces confidences pour le moins personnelles permettent de pénetrer le monde de Marco Bellocchio, de comprendre pourquoi son œuvre est si politiquement engagée, pourquoi il y dénonce la religion et désacralise la famille italienne, mais également comment se noue sa relation particulière aux acteurs. Au final, la salle rit, applaudit, se délecte des extraits de films du cinéaste qui jalonne cette «leçon» particulière de cinéma, devenue récit de vie.