Les «filmeurs», les autres photographes de Cannes

REPORTAGE Ces photographes professionnels arpentent chaque soir la Croisette, mitraillant les anonymes, en espérant leur vendre les clichés, souvenirs de leur présence au Festival...

Bérénice Dubuc

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Des «filmeurs» photographient une anonyme en tenue de soirée, sur la Croisette, à Cannes, le 18 mai 2010.
Des «filmeurs» photographient une anonyme en tenue de soirée, sur la Croisette, à Cannes, le 18 mai 2010. — 20 MINUTES

De notre envoyée spéciale à Cannes

«Madame, Monsieur, une petite photo?», dès 18h30, à Cannes on n’entend qu’eux. Non, pas les photographes accrédités – eux ils appellent les stars qui défilent sur le tapis rouge par leur prénom. Ceux qu’on entend, ce sont les «filmeurs», des photographes professionnels qui arpentent la Croisette, et immortalisent les anonymes en tenue de soirée qui se rendent à la projection officielle.

«On nous appelle ainsi parce qu’à l’origine, on utilisait des films dans nos appareils photo», explique Bruno, 44 ans. Les filmeurs ont en effet commencé à arpenter la Croisette dans les années 60, et, même si ils génèrent un désordre et un vacarme extraordinaires, on ne leur a jamais interdit de travailler. «Nous sommes mi-appréciés, mi-maltraités», explique Medhi, l’un d’entre eux. «On énerve parfois les policiers, mais il y aurait beaucoup moins d’ambiance si on n’était pas là.»

Les mêmes photographes qu’à la montagne

Effectivement, alors que les limousines font la queue pour déposer les stars au pied du palais des festivals, des grappes entières de photographes accostent bruyamment les spectateurs qui se sont mis sur leur trente et un. Partout, des filmeurs courent, mitraillent à tout va de face, de côté, de derrière. Tant et si bien que les passants qui ne sont pas habitués se demandent, et demandent autour d’eux, qui sont les personnes photographiées, espérant sans doute apercevoir une célébrité.

Dans les faits, le fonctionnement est le même qu’à la montagne: les filmeurs prennent des photos, donnent l’adresse où elles peuvent être vues - si certains filmeurs sont indépendants, la plupart sont employés par les quatre agences qui se partagent le marché à Cannes - en espérant que les sujets viendront les acheter. D’ailleurs, ce sont souvent les mêmes photographes qui immortalisent les skieurs sur les pistes enneigées l’hiver.

«Autant faire la star jusqu’au bout»

Pour Medhi, «ces photos permettent aux anonymes d’avoir un souvenir de leur belle robe, de leur beau costume au Festival de Cannes. On flatte un peu leur ego, quoi.» Effectivement: lorsqu’on demande à un couple qui vient de se faire photographier pourquoi ils ont posé, ils répondent, elle que c’est «pour immortaliser la robe», lui que «la photo va avec la soirée, le tapis rouge.. Autant faire la star jusqu’au bout!»

L'objectif de Medhi:«leur faire de belles photos pour qu’ils viennent te les acheter, et surtout, surtout, ne pas oublier de leur donner sa carte» (celle du magasin, ndr) pour qu’ils sachent où venir acheter les photos. «Si tu fais les photos mais que tu ne leur donne pas ta carte, c’est comme si tu n’avais rien fait», explique-t-il.

Des règles bien établies

Il raconte que la veille, une Russe en robe rouge, qui paraissait froide au premier abord, a pris la pose pendant plusieurs minutes. «Au final, elle est venue à la boutique, et elle a acheté pour plus de 1.000 euros de photos. Et je pense qu’elle est allée dans les autres aussi.» Car, le business marche plutôt bien: les boutiques sont pleines de personnes qui font défiler les clichés numériques sur des bornes. Et il peut y en avoir beaucoup. Lors des plus grosses montées des marches – celles où le film est très attendu, avec le plus de stars – chaque filmeurs peut faire jusqu’à 1.000 photos.

Et toujours en respectant certaines règles. Celui qui approche en premier le ou les clients est ainsi prioritaire. «Si, par exemple, il a besoin de reculer pour faire une photo en pied, tous les autres reculent pour ne pas le gêner», explique Bruno. Les filmeurs partent du principe qu’il y a de la place pour tout le monde, et que personne ne doit empêcher les autres de travailler. Et gare à celui qui passe outre, prévient Bruno: «Une fois grillé, c’est fini. Tous les autres l’empêcheront de travailler.»