«Draquila», le brûlot anti-Berlusconi

CINEMA Avec le film de Sabina Guzzanti, les séances spéciales du Festival de Cannes passent au cinéma engagé...

Bérénice Dubuc

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Image tirée du film «Draquila - L'Italie qui tremble», de la réalisatrice italienne, Sabina Guzzanti.
Image tirée du film «Draquila - L'Italie qui tremble», de la réalisatrice italienne, Sabina Guzzanti. — DR

Croisement de Tina Fey, pour ses caricatures politiques à la télévision italienne avant qu'elle n'en soit écartée par le pouvoir en novembre 2003, et de Michael Moore, pour la façon de penser le cinéma comme un moyen de combattre la désinformation dans son pays, Sabina Guzzanti livre dans son quatrième long-métrage, Draquila – L’Italie qui tremble, un éclairage effrayant du système Berlusconi, qu’elle dit constitué de désinformation et de clientélisme.

La Protection civile dans le viseur

Pour sa démonstration, elle a choisi la ville de L’Aquila, conçue par Frédéric II pour s’opposer à la Rome corrompue de l’époque – tout un symbole, et ravagée par un séisme le 6 avril 2009. Son enquête sur les suites du tremblement de terre, la mènent à affirmer qu’au nom de l’urgence et de la sécurité, la Protection civile détourne les lois, dépense à tout va, et bafoue les droits des citoyens. Le tout sur fond de désinformation présentant Silvio Berlusconi comme le sauveur des rescapés de L’Aquila, qui grâce à lui vont très vite retrouver un toit. De quoi énerver le gouvernement italien.

Dans Draquila, Sabina Guzzanti fait la démonstration, plutôt réussie, qu’à L’Aquila, la Protection civile n’a pas fait de prévention, sa tâche primordiale, alors que des études montraient que de petites secousses comme la ville en a connues plusieurs semaines avant le 6 avril 2009, auguraient d’un séisme de plus grande ampleur. Selon la réalisatrice, la Protection civile ne s’est pas préoccupée de L’Aquila, trop occupée à construire et organiser le G8 de La Maddalena. Un manque d’intérêt qui a fait 308 morts et des milliers de sans abri.

Ni une démocratie, ni une dictature

Le film montre également toutes les petites libertés qui sont enlevées aux rescapés du séisme par la Protection Civile qui, grâce à un glissement sémantique dans une loi de 1992, détient tous pouvoirs en cas de «grand événement», et plus seulement d’«état d’urgence», qu’il s’agisse d’une situation de péril extrême pour la population, d’embouteillages, de crise des ordures ou encore de visite papale. Les habitants de L’Aquila, parqués dans des camps de tentes, ont ainsi interdiction d’y introduire de l’alcool, du café, ou même du Coca-Cola, pour qu’ils ne soient pas «énervés».

Mis bout à bout, ces petits renoncements qui semblent insignifiants pris un par un, génèrent une atmosphère particulière, «où l’on continue en quelque sorte à vivre en créant une vie parallèle, au format un peu réduit», dixit la réalisatrice, et où des relents de dictature se font sentir, sans en avoir complètement la consistance. «Dictature n’est pas le mot, affirme en effet Sabina Guzzanti à 20minutes.fr. Démocratie ne l’est plus non plus. L’Italie vit une phase de transition d’une démocratie à quelque chose qui n’a pas encore de nom». La preuve: lorsqu’on lui demande si son film peut être interdit en Italie, elle affirme que non, «pas avec les lois qui existent actuellement», avant de préciser «mais ils peuvent toujours en faire une nouvelle».