Festival de Cannes 2010: Vers un palmarès franco-français?

CINEMA Pour 20minutes.fr, les Français ont toutes leurs chances cette année sur la Croisette...

Stéphane Leblanc

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Le réalisateur Michael Haneke, Palme d'Or 2009 pour «Le Ruban Blanc», pose avec sa récompense au Palais des Festivals, à Cannes, le 24 mai 2009.
Le réalisateur Michael Haneke, Palme d'Or 2009 pour «Le Ruban Blanc», pose avec sa récompense au Palais des Festivals, à Cannes, le 24 mai 2009. — LYDIE/NIVIERE/NIKO/SIPA

Un prix d’interprétation à Lambert Wilson, un autre à Mélanie Thierry et une Palme d’or à Mathieu Amalric, sans oublier de récompenser Rachid Bouchareb… Il n’est pas interdit de fantasmer, de rêver - ou, selon ses goûts, de cauchemarder. Surtout que c’est Tim Burton qui préside le jury cette année.

Le précédent «Entre les murs»

A Cannes, toutes les surprises sont envisageables. Même les plus improbables. Souvenez-vous d’Entre les murs, en 2008. Un «petit film» signé Laurent Cantet, cinéaste alors inconnu sur le plan international, sélectionné au dernier moment, projeté le dernier jour du festival et récompensé par la Palme d’or. Un miracle qu’aucun nostalgique de Sous le soleil de Satan, de Pialat (1987) n’avait imaginé. Et le reste de la sélection française, - un Garrel et un Desplechin - ne laissait guère de chances françaises pour le palmarès. Erreur: en plus du «petit» Cantet, la «grande» Catherine (Deneuve) s’est retrouvée flanquée d’un Prix très spécial partagé avec l’ami Clint (Eastwood).

C’est que depuis deux-trois ans, le cinéma tricolore a le vent en poupe sur la Croisette. Un an après Entre les murs, Un Prophète a failli doubler la mise en 2009. Le film de Jacques Audiard n’a raté la Palme que d’un cheveu (ou d’un ruban) blanc de Michael Haneke, se satisfaisant d’un très méritoire Grand Prix du jury. Et Charlotte Gainsbourg a fait mieux que Catherine Deneuve en 2008: meilleure interprète féminine, bravo.

La Palme pour Mathieu Amalric?

La sélection française pourrait encore nous surprendre cette année. D’autant qu’aucun des films inscrits compétition n’est donné favori, loin s’en faut.

Vingt-six ans après avoir remporté le prix du meilleur réalisateur pour Un dimanche à la campagne en 1984, Bertrand Tavernier revient à Cannes dimanche 16 mai avec Madame de Montpensier, adapté du roman éponyme de Madame de Lafayette, en costumes d’époque. «De quoi un tel film peut-il être représentatif?», se demande le magazine Chronic’art, dans son dernier numéro. De jeunes comédiens français parmi les meilleurs, serait-on tenté de rétorquer. Mélanie Thierry, notamment, fraichement «césarisée» (Le Dernier pour la route, 2010) après avoir été «moliérisée» (Baby Doll, 2009). Elle joue Marie de Mézières, contrainte d'épouser le prince de Montpensier (Grégoire Leprince - Ringuet), bien qu'elle soit éprise depuis toujours du duc de Guise (Gaspard Ulliel). Tavernier aura sans doute mis tous les atouts de son côté.

Auparavant, Mathieu Amalric aura dévoilé Tournée, que Thierry Frémaux, délégué général (et sélectionneur en chef) du festival juge «remarquable». Ce «petit» film sur le quotidien d’un cabaret ambulant de strip-tease pourrait bien suivre l’exemple d’Entre les murs, il y a deux ans. Et décrocher la Palme. On devrait vite se faire une idée plus précise de ses chances réelles: Tournée fait l’ouverture de la compétition jeudi 14 mai.

La polémique «Hors-la-loi»

Xavier Beauvois présentera Des hommes et des dieux, l’histoire du massacre des moines pris en otages dans les montagnes algériennes des années 90. Sachant que le réalisateur du Petit lieutenant a déjà reçu le prix du Jury pour N'oublie pas que tu vas mourir en 1996, que c’est un excellent directeur d’acteur et que Lambert Wilson figure dans la tragique équipe des moines de Tibhirine nous laisse penser qu’on pourrait le retrouver au palmarès (d’autant qu’il joue aussi dans le Tavernier). Et puis on n’est pas seul à y croire: le magazine Chronic’art, qui ne l’a pas plus vu que nous, le donne aussi gagnant du prix d’interprétation pour ce film.

Reste le cas particulier de Hors-la-loi. Film français? Non, algérien! Les organisateurs ont tranché en faveur de cette nationalité par diplomatie, anticipant la polémique qui n’a pas manqué d’éclater quant au traitement présumé des massacres de Sétif du 8 mai 1945 par le réalisateur français d’origine algérienne Rachid Bouchareb. Le tollé se poursuivra sans doute jusqu’au 21 mai, date de projection du film. Jusqu’ici, seuls les sélectionneurs l’ont vu. Les autres savent juste qu’à l’exception de Samy Nacéry, les autres lauréats du prix d’interprétation collectif pour Indigènes en 2006 - Sami Bouajila, Jamel Debbouze, Roschdy Zem et Bernard Blancan - sont de la partie. Avec en ligne de mire, un prix spécial du jury. A suivre…