« La femme de Tchaïkovski » : Kirill Serebrennikov rêve d’une Russie libre sans trop y croire

HISTOIRE ET GEOPOLITIQUE Le cinéaste russe dissident, qui vit à Berlin depuis le début de la guerre en Ukraine, est dépassé par l’actualité alors que son film sort en salle ce mercredi

Caroline Vié
« La Femme de Tchaïkovski » de Kirill Serebrennikov
« La Femme de Tchaïkovski » de Kirill Serebrennikov — Bac Films
  • Le cinéaste russe dissident Kirill Serebrennikov sort son nouveau film, « La Femme de Tchaïkovski ».
  • Il espère la fin de la guerre en Ukraine et le retour de la liberté en Russie mais refuse de se montrer trop optimiste.
  • Il a déjà fini un nouveau film qu’on pourrait bien voir au Festival de Cannes en mai prochain.

Le cinéaste russe Kirill Serebrennikov ne veut pas s’entendre qualifier d’exilé bien qu’il vive à Berlin depuis le début de la Guerre en Ukraine. « Je refuse la notion d’exil en ce qui me concerne que je ne veux pas m’approprier car j’ai des amis dans le monde entier et je peux travailler partout. J’admets que je ne me sens pas bien d’avoir quitté le pays où j’ai vécu si longtemps mais je prends cela comme une nouvelle vie dans une nouvelle réalité », confie-t-il à 20 Minutes.



Le réalisateur de Leto et La Fièvre de Petrov avait présenté La Femme de Tchaïkovski à Cannes en mai dernier. La relation toxique entre une jeune femme naïve et le compositeur qui tente de masquer son homosexualité au XIXe siècle est au centre de cette fresque somptueuse qui ne sera pas distribuée en Russie.

Contraire aux valeurs russes

« Avant même de tourner, on ne se faisait aucune illusion sur une possible sortie du film, précise-t-il. En Russie, il y a encore des gens pour penser que, si on voit une œuvre avec une thématique gay, on va le devenir. Ils sont prêts à tout pour faire disparaître les thèmes qu’ils estiment contraires à leurs valeurs. » Or cette notion de « valeurs » est très importante pour le cinéaste. « Quand on vous brandit ce terme, c’est souvent un prétexte pour interdire des artistes voire pour les tuer, ce qui peut mener à des autodafés puis conduire à la guerre, souligne-t-il. C’est un putain d’engrenage auquel je vous invite à être vigilants, car nous en sommes là en Russie ».

Et Kirill Serebrennikov de se laisser aller à rêver à des jours meilleurs : « J’espère qu’un jour en Russie, un fils pourra reprocher à son père d’avoir discriminé les gays et d’avoir soutenu la guerre en Ukraine car ces idées seront dépassées et jugées comme allant à l’encontre de l’humanisme. »

De l’espoir malgré tout

Pour autant, Kirill Serebrennikov refuse de se montrer trop optimiste. « La seule chose qui importe, c’est que cette guerre prenne fin et qu’on puisse mieux respirer, avoue-t-il. J’essaie de ne pas penser au futur. Je vis au jour le jour. » On lui prédit dans un avenir proche (dès le mois de mai ?) de se retrouver au Festival Cannes avec le film qu’il vient de terminer, La Disparition, d’après le roman d’Olivier Guez sur la fuite du nazi Josef Mengele après la Seconde Guerre mondiale.