« Les bonnes étoiles » : Comment Kore-eda reconnaît les bons et les méchants parmi des trafiquants d’enfants

ROAD MOVIE « Les Bonnes étoiles » du Japonais Hirokazu Kore-eda, récompensé à Cannes pour l’interprétation du Coréen Song Kang-ho, sort en salles ce mercredi

Stéphane Leblanc
— 
La drôle de famille d'escrocs des "Bonnes étoiles" du Japonais Hirokazu Kore-eda
La drôle de famille d'escrocs des "Bonnes étoiles" du Japonais Hirokazu Kore-eda —
  • Le Japonais Hirokazu Kore-eda signe un drôle de film autour de l’enlèvement d’un bébé, avec Song Kang-ho en tête d’affiche récompensé du prix d’interprétation à Cannes.
  • « Les Bonnes étoiles » offre à son auteur une nouvelle variation sur le thème de la famille recomposée de bric et de broc.
  • Bien que traitant d’un trafic d’enfants, ce film est plus une comédie en forme de road movie qu’un polar à proprement parler.

Une boîte à l’entrée d’une église ou d’un hôpital pour recueillir le bébé que sa mère souhaite abandonner. C’est une pratique courante, bien que controversée, en Corée du Sud, où l’accouchement sous X n’est pas autorisé. Le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda s’est d’abord intéressé à ce phénomène à l’époque du tournage de Tel père, tel fils, sur un échange d’enfant à la maternité. Et qu’il a ensuite approfondi quand il a eu la possibilité de tourner un film avec des acteurs coréens.



« J’ai longtemps cru qu’à la naissance d’un enfant, devenir mère était plus évident que devenir père qui demandait plus de temps, explique le cinéaste à 20 Minutes. Alors que non, ce n’est pas parce qu’une femme accouche qu’elle se sent mère nécessairement. Et à l’inverse, une femme peut vouloir se sentir mère sans enfanter pour autant. » C’est cette réflexion qui a mené Kore-eda à imaginer Une affaire de famille qui a remporté la Palme d’or à Cannes, mais aussi son nouveau film Les Bonnes étoiles, qui va encore plus loin dans le thème de la famille recomposée de bric et de broc avec des personnages un peu limite et même carrément hors-la-loi.

Une jeune femme glisse son enfant dans une boîte devant une église. Deux escrocs s’en emparent afin de le revendre à un couple infertile mais fortuné. C’est le point de départ des Bonnes étoiles. Et qu’importe si Kore-eda tourne le dos au réalisme de situations qui transforme ce kidnapping en un road movie plus comique que réellement dramatique.

La décontraction de Song Kang-ho

La première surprise vient du fait que les deux trafiquants d’enfants se révèlent plutôt sympathiques, généreux et drôles, avec une mention particulière pour Song Kang-ho, qui jouait le père dans Parasite de Bong Joon-ho, et qui maîtrise à merveille l’art de tenir un bébé comme s’il en avait porté toute sa vie. « Vraiment, j’adore sa décontraction », souligne Kore-eda.

La seconde, c’est que la jeune mère du bébé abandonné rejoint très vite le duo d’escroc dans le kidnapping de son propre enfant. « Elle mettra le temps mais finira par vouloir assumer cette maternité », raconte le cinéaste.

La troisième, enfin, vient du duo de femmes flics qui se lance à leurs trousses avec la volonté d’arrondir les angles d’un flagrant délit qu’elles cherchent à établir mais qui tarde à arriver. « Les fausses pistes permettent de remettre en question les préjugés qu’on peut avoir sur chacun des personnages », estime encore Kore-eda.

Tout cela donne un film sur un sujet de société plutôt grave, mais qui ne se prend pas au sérieux. Et c’est justement parce que ses péripéties sont cocasses et peu crédibles, que Les Bonnes étoiles parvient à rayonner d’un charme réjouissant. Avec une mention particulière à Song Kang-ho qu’on a le plaisir de retrouver en grande forme et qui n’a pas volé son prix d’interprétation lors du dernier festival de Cannes.