Gironde : Un film sur les coulisses de la lutte de Poutou et des « Ford » contre la fermeture de l’usine

cinema Le documentaire « Il nous reste la colère », réalisé par Jamila Jendari et Nicolas Beirnaert sort ce 7 décembre dans les salles

Propos recueillis par Elsa Provenzano
Philippe Poutou pose devant l'affiche du documentaire, aux côtés des deux réalisateurs Jamila Jendari et Nicolas Beirnaert au forum des images, à Paris.
Philippe Poutou pose devant l'affiche du documentaire, aux côtés des deux réalisateurs Jamila Jendari et Nicolas Beirnaert au forum des images, à Paris. — Pascal Olivier Schneider
  • Le 7 décembre sort au cinéma le documentaire « Il nous reste la colère », réalisé par Jamila Jendari et Nicolas Beirnaert. Il raconte la dernière année du combat de Poutou et de son équipe contre la fermeture de l’usine.
  • On y voit les coulisses de la lutte : les comités d’entreprise, les difficultés à mobiliser et les moments de découragements.
  • Le film montre aussi la pugnacité de l’équipe syndicale qui a tenu grâce à sa cohésion et à son humour.

Dans Il nous reste la colère, Jamila Jendari et Nicolas Beirnaert, deux réalisateurs bordelais, retracent la dernière ligne droite du combat des « Ford » contre la fermeture de l’usine de Blanquefort en Gironde, qui employait 800 ouvriers. Après une avant-première qui a fait salle comble à l’Utopia de Bordeaux ce 21 novembre, Philippe Poutou, l’un des protagonistes du film, a salué la mise en lumière de « la difficulté de la lutte » par le documentaire.

Ce n’est pas un film à suspense puisqu’on sait déjà que l’usine a fermé, mais il donne à voir les nombreuses épreuves traversées par le noyau dur de l’équipe syndicale réunie autour de l’ex-candidat à la présidentielle pour le NPA et leur pugnacité. Les deux réalisateurs ont accepté de répondre aux questions de 20 Minutes sur leur projet.

D’où part l’idée d’un documentaire sur les « Ford » ?

Nicolas Beirnaert : L’organisation des manifestations contre la loi Travail, qu’on suivait alors en 2016 avec Jamila, était en train d’être perturbée et on s’est dit qu’il serait intéressant de voir ce que faisaient les syndicats. Un ami [Xavier Ridon, l’un des producteurs du film] nous a proposé d’aller filmer les « Ford » qui partaient aux 24 heures du Man. On a dit oui forcément, ce sont des stars locales dans le mouvement social.

A quel rythme avez-vous suivi sa mobilisation ?

Jamila Jendari : Au départ, on filmait sans savoir qu’on en ferait un documentaire, l’idée est venue progressivement. Avec l’annonce du non-investissement de Ford, on sentait une menace plus tangible et eux étaient dans une défense plus soutenue. En 2018, le rythme s’accélère et là, on y va trois fois par semaine : le film retrace plutôt cette période-là. On était un peu conditionnés par ce qu’on savait des films sur les combats sociaux et on se demandait comment on pouvait rendre compte des difficultés, du peu de visibilité.

Nicolas Beirnaert : Les gars dans l’usine ne se bougeaient pas beaucoup mais les représentants de la CGT étaient hyperactifs donc on s’est dit ok, voilà nos personnages. Le documentaire se concentre sur cette équipe syndicale qui va lutter contre vents et marées et sur les comités d’entreprise (CE). On voit aussi des manifs mais on voulait éviter le folklore habituel de la lutte.

Quelle est la place de Philippe Poutou dans votre documentaire ?

Jamila Jendari : C’est le point de départ et après on rencontre un groupe. Il l’emmène et il est aussi médiatisé ce qui permet une visibilité. Il a une place centrale mais on voit bien que ce qui est important c’est son lien à tout le groupe, sinon on aurait fait un film sur Philippe Poutou. Son humour permet de contrebalancer la difficulté de la non-mobilisation et tout ce que ça amène de terrible.

Nicolas Beirnaert : Pour le spectateur, c’est aussi une porte d’entrée dans ce monde syndical qu’on ne connaît pas bien.

Quelles ont été les réactions de vos protagonistes lors des premières projections privées ?

Jamila Jendari : Lors de celles qui ont eu lieu en mai et en novembre, aucun n’a apparu être déçu de la façon dont il a été représenté. Mais, on filme l’année la plus difficile et c’est compliqué de revenir là-dessus pour certains d’entre eux. Il faut aussi préciser qu’on ne peut pas tout montrer, par exemple le travail syndical dans l’usine, puisqu’on n’avait pas accès à l’intérieur du site, malheureusement.

Il était important pour vous de contribuer à garder une mémoire de cette lutte ?

Nicolas Beirnaert : L’usine a rayonné pendant cinquante ans dans la région bordelaise, ce n’est pas rien ! Elle a été rasée depuis mais au moins, ce film permet de témoigner de cette lutte des Ford, même s’il ne raconte pas tout. Il n’y a pas de trace de la première bataille, qui a permis de prolonger de dix ans la vie de l’usine.

Jamila Jendari : C’était important de rendre hommage à leur courage, à leur intelligence et à leur créativité alors qu’ils étaient dans la mouise tout du long. Des fois on ne savait plus si on était documentaristes ou solidaires mais il y avait une distance nécessaire à garder pour poser un regard.

Nicolas Beirnaert et Jamila Jendari : On est aussi contents que cela suscite des débats sur la représentativité syndicale et la difficulté de mobiliser. On pense qu’on aura toujours besoin de s’organiser pour des luttes sociales, même si on voit que le syndicalisme est en crise.