«Life During Wartime»: Guerre de névroses en Amérique

CINEMA Todd Solondz joue les poils à gratter avec «Life During Wartime»...

Caroline Vié

— 

Le jeune Dylan Riley Snider et Allison Janney (à dr.) dans cette suite d'Happiness.
Le jeune Dylan Riley Snider et Allison Janney (à dr.) dans cette suite d'Happiness. — LE PACTE

Todd Solondz est une valeur sûre. Life During Wartime (littéralement «la vie en temps de guerre») prouve que le cinéma indépendant américain ne se limite pas à des comédies proprettes dont l'impertinence formatée n'est qu'une façon clandestine de célébrer des valeurs conservatrices. Le réalisateur a mis douze ans à monter cette suite de Happiness (1998), où l'on retrouve les mêmes personnages interprétés par des acteurs différents. Le retour dans cette famille qui semble avoir inventé le mot « dysfonctionnel » est de nature à réjouir les familiers du premier volet comme à ­séduire les nouveaux venus.

Une vision sans concession

Todd Solondz a peint en noir ce portrait de groupe autour d'un pré ado traumatisé depuis que son père a été incarcéré pour pédophilie. Sa mère rêve de refaire sa vie. Et ses deux tantes – l'une perdante chronique collectionneuse de tuiles, l'autre tout aussi mal dans sa peau malgré sa réussite apparente – préparent le gamin à un avenir de complexes et de névroses. La « guerre » dont parle Todd Solondz est celle que chacun mène, aux Etats-Unis et ailleurs, pour survivre en milieu hostile.

Sa vision sans concession du monde moderne dans lequel se débattent des êtres fragiles témoigne d'une lucidité féroce. Le réalisateur prend ses sujets à la hussarde pour aborder des thèmes comme la religion, la mort ou la pédophilie. Charlotte Rampling ou Paul Reubens se sont mis au diapason de sa musique grinçante. Ce bonheur de causticité et d'insolence dérange parce qu'il renvoie impitoyablement le spectateur à ses propres faiblesses . Solondz rappelle que faire de son mieux n'est pas toujours suffisant pour s'en sortir. C'est en ne fai­sant aucun effort pour se rendre aimable que son cinéma se fait aimer.