« Sans filtre » : La Croisière de Ruben Ostlund galère, le spectateur s’amuse !

SUBVERSIF Le réalisateur suédois Ruben Ostlund a obtenu une deuxième Palme d’or pour sa comédie « Sans filtre », au cinéma ce mercredi

Caroline Vié
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Ruben Ostlund au milieu de l'équipe de « Sans filtre »
Ruben Ostlund au milieu de l'équipe de « Sans filtre » — Bac Films
  • Un couple de mannequins influenceurs embarque pour une croisière de rêve qui vire au cauchemar.
  • Dans « Sans filtre », le réalisateur de « The Square » malmène joyeusement ses héros pour le bonheur du spectateur.
  • Cette comédie féroce a été récompensée de la Palme d’or par le jury de Vincent Lindon à Cannes.

A Cannes, en mai dernier, Ruben Ostlund avait confié à 20 Minutes qu’il était prêt à recevoir une deuxième Palme d’or après celle de The Square en 2018. Bingo ! C’est ce qui est arrivé à Sans filtre, récompensé par le jury de Vincent Lindon. L’histoire ne dit pas si le cinéaste a réellement placé le trophée dans la chambre de son fils comme il l’avait promis. Mais il est certain que le cinéaste suédois a rejoint d’autres grands noms du 7e Art comme Ken Loach, les frères Dardenne, Michael Haneke, Emir Kusturica, Billie August, Shohei Imamura et Francis Ford Coppola au firmament des « doublement palmés ».



« Je le vaux bien », rigolait alors le cinéaste. Après The Square (2017) et Snow Therapy (2014), ses précédents films (disponibles en streaming sur Mubi), cette nouvelle comédie féroce sur les rapports humains dans la haute société suit un couple d’influenceurs (joués par Harris Dickinson et par la regrettée Charlbi Dean) à bord d’un bateau de croisière où les passagers auront tôt fait de ne plus s’amuser du tout. On peut même dire que les rires des spectateurs vont crescendo tandis que les malheurs s’abattent sur les clients du luxueux navire jusqu’à le faire sombrer en plein délire.

Malmener les héros et secouer le public

« J’ai poussé le bouchon le plus loin possible pour secouer le public, reconnaît Ruben Ostlund. Je commence le film dans un décor paradisiaque où tout le monde pourrait souhaiter se retrouver, puis je le fais basculer vers le cauchemar. » Les voyageurs trop gâtés et l’équipage exploité vont découvrir de quoi ils sont capables quand les jeux de pouvoirs s’inverse afin de s’adapter à des conditions extrêmes. Ruben Ostlund sait malmener ses héros avec une cruauté jubilatoire, pour le plus grand plaisir du public.

Optimiste malgré tout

« J’adore montrer des gens qui perdent la face parce qu’ils ne savent pas gérer des situations embarassantes », avoue le réalisateur qui définit son film comme une satire. On s’amuse beaucoup malgré quelques longueurs face à des personnages aussi délirants qu’un Russe capitaliste, un Américain communiste (Woody Harrelson irrésistible) et un couple de vieux Anglais à la bonhomie trompeuse. « Je parle d’argent et de cupidité mais aussi de la solidarité qui peut sauver le monde, insiste Ruben Ostlund. Même si Sans filtre n’en donne pas toujours l’impression, je reste très optimiste sur le potentiel des êtres humains. » La fin du film en forme de point d’interrogation laisse un brin sceptique sur ce dernier point.